Night Shyamalan en 10 films

Night Shyamalan en 10 films

Avec Glass, le réalisateur signe la suite (et la fin) d’une trilogie entamée 19 ans plus tôt avec Incassable. Ca vaut bien un flash-back !

C’était net avec Split, c’est évident avec Glass : M. Night Shyamalan, le cinéaste le plus créatif et le plus novateur des années 2000, est de retour au sommet. Avec les épisodes 2 et 3 d’une trilogie entamée il y a quasiment 20 ans (dans Incassable), le réalisateur confirme son don pour faire rimer fantastique et grand public.

Et pour mêler avec brio l’univers des comics, un vrai réalisme, et un sens de la surprise et du suspense digne d’Alfred Hitchcock… à qui il emprunte d’ailleurs le tic d’apparaître fugitivement dans ses propres films.

Avec la sortie en vidéo du dernier de ces trois films, un retour en arrière sur la filmographie de Shyamalan s’imposait…


1999 : Sixième sens

C’est le troisième film de M. Night Shyamalan, mais son premier grand succès. Avec Sixième sens, entre dans la cour des grands d’Hollywood : budget confortable, succès incontestable (2e film au box-office de l’année en France comme aux Etats-Unis). Et surtout première collaboration avec son acteur fétiche : Bruce Willis.

Un nouveau registre pour Bruce Willis

Encore auréolé des succès des premiers Die Hard, d’Armageddon ou du Cinquième Élément, l’acteur s’écarte de son registre de dur-à-cuire charismatique et enjoué pour se fondre dans l’inoubliable personnage du psychologue pour enfants Malcom Crowe. Chargé d’aider Cole Sear (Haley Joel Osment) à vaincre ses accès de terreurs, Crowe réalise que le jeune garçon voit en réalité des fantômes, et que ces derniers lui demandent de l’aide. Dans un final qui a estomaqué les spectateurs, Crowe va prendre conscience de bien d’autres choses… Direction d’acteur impeccable, univers visuel envoûtant, et surtout une maîtrise diabolique de la narration et du suspense : tout l’art de M. Night Shyamalan est condensé dans ce premier coup de maître.



2001 : Signes


Après la révélation de Sixième Sens, et la confirmation d’Incassable (voir plus bas), M. Night Shyamalan fait appel dans Signes à une nouvelle icône du cinéma d’action : Mel Gibson. L’acteur y joue le rôle du tourmenté Graham Hess. Dévasté par la mort de sa femme dans un accident de la route, Graham a perdu la foi, abandonné sa charge de pasteur, et s’est replié sur sa famille : ses enfants Morgan (Rory Culkin) et Bo (Abigail Breslin), et son frère Merrill (Joaquin Phoenix). Jusqu’au jour où l’apparition, dans leurs champs, de gigantesques cercles de culture les alerte : une invasion extra-terrestre est sur le point d’advenir. Des acteurs habités, une atmosphère lourde, une montée en régime parfaitement maîtrisée : avec Signes, le réalisateur confirme son don pour marier drame, science-fiction, et thriller.




2004 : Le Village


Encore un superbe casting (Joaquin Phoenix à nouveau, entouré de William Hurt, Sigourney Weaver, Bryce Dallas Howard et Adrien Brody), encore un « pitch » intrigant et perturbant. Pourtant la magie Shyamalan opère moins bien dans Le Village, considéré comme un semi-échec commercial. A cause d’un scénario trop sombre ? L’ambiance flirte en effet avec le cinéma d’horreur. A la toute fin du XIXe siècle, une petite communauté américaine vit totalement repliée sur elle-même. Entouré d’une sombre forêt, que les habitant pensent peuplée de monstres (« Ceux dont on ne parle pas »), sous la coupe d’anciens bien décidés à maintenir la population dans ses croyances, le petit village peut être vu comme une métaphore de l’Amérique des années Bush… L’art du hors-champ de Shyamalan, et la puissance de sa direction d’acteur est toutefois intacte.




2006 : La jeune fille de l'eau


Après lui avoir offert son premier grand rôle deux ans plus tôt, M. Night Shyamalan bâtit La jeune fille de l’eau autour de Bryce Dallas Howard (Jurassic World, Rocketman, Gold…). L’actrice y interprète une nymphe aquatique, venue dans notre monde pour inspirer un écrivain. Mais qui se retrouve incapable de retourner dans son élément, et menacée par un monstre de cauchemar. Là encore, l’échec commercial est net. Mais le réalisateur ne va pas tarder à remonter la pente…






2008 : Phénomènes


Après deux films extrêmement sombres, et tièdement accueillis, on aurait pu croire que M. Night Shyamalan reviendrait à des histoires moins horrifiques. Raté ! Phénomènes est même son premier film classé « R ». Ca n’empêchera pas le cinéaste de renouer avec le succès. Peut-être parce que le propos « parle » à tout le monde (et est malheureusement d’une actualité brulante) ? Dans ce road-movie catastrophe porté par Mark Wahlberg (le botaniste Elliot Moore) et Zooey Deschanel (sa femme Alma), Shyamalan imagine ce qui se passerait si la Nature pouvait se défendre contre les agressions que lui fait subir l’espèce humaine. La végétation se met en effet à libérer une toxine mortelle pour l’homme, conduisant Elliot et Alma à fuir à travers l’Amérique vers des zones moins peuplées pour survivre. Sombre et déstabilisant, Phénomènes se termine par un coup de théâtre qui vaut ceux d’Incassable ou de Sixième sens…




2013 : After Earth


Cela peut sembler surprenant, mais vingt ans après ses débuts de cinéaste versé dans le fantastique, M. Night Shyamalan signe avec After Earth son… premier « vrai » film de science-fiction. Pas de la SF, les Incassable, Sixième Sens ou Phénomène ? Si, mais ils se déroulent dans un cadre « bien réel » et familier (souvent l’est des Etats-Unis) : dans After Earth, nous sommes dans l’anticipation pur sucre. L’action se déroule en effet dans le futur. Mille ans avec que la dégradation de l’environnement ait poussé les humains à quitter la Terre pour la planète Nova Prime, nous voilà de retour… par accident. L’équipage du général Cypher Raige (Will Smith), touché par une pluie d’astéroïdes, s’est écrasé sur notre planète d’origine. Pour être secourus, Raige envoie son fils Kitai (Jaden Smith) retrouver l’émetteur dans un fragment du vaisseau tombé 100 km plus loin. Sur cet environnement inconnu, peuplé de bêtes hostiles (et d’une menace extra-terrestre que les visiteurs ont amenée avec eux), le jeune homme part en quête…



2015 : The Visit


Surfant sur le joli succès d’After Earth, Shyamalan développe et finance lui-même The Visit, s’affranchissant ainsi des grands studio. Et se permettant un vrai retour aux sources : casting plus resserré et moins « clinquant », tournage dans sa Pennsylvanie fétiche, et… sacrée frousse pour les spectateurs. Avec ce petit budget, le réalisateur livre en effet un thriller à faire dresser les cheveux. Après quinze ans de brouille, Loretta reçoit de nouveaux des nouvelles de ses parents. Ces derniers veulent faire la connaissance de leurs petits-enfants, Tyler et Rebecca. Loretta envoie donc son fils et sa fille une semaine en vacances chez eux : les retrouvailles vont très vite virer à l’étrange, puis à l’inquiétant, enfin à l’angoisse la plus totale !



2000-2016-2019 : la trilogie Incassable, Split et Glass

Le meilleur pour la fin : la trilogie déroulée sur presque 20 ans et constituée d’Incassable, Split et Glass, c’est la colonne vertébrale de l’art de M. Night Shyamalan. Et comme dans les meilleurs films du cinéaste, même le fait qu’il s’agisse d’une trilogie est révélée lors d’un retentissant coup de théâtre…


Incassable : David Dunn, épisode 1


Comme dans son précédent film (Sixième Sens), Shyamalan fait équipe avec Bruce Willis. Et lui offre un nouveau contre-emploi de rêve. Loin des cabrioles et de l’énergie folle des Die Hard, Willis incarne ici David Dunn. Un super-héros malgré lui, neurasthénique, taiseux, et mal dans ses baskets. Unique survivant d’un crash ferroviaire, Dunn réalise à cette occasion qu’il est peut-être invulnérable. Et fait la connaissance de son parfait opposé : Elijah Price (Samuel L. Jackson), un « homme de verre » au squelette cassant comme du cristal. Entre les deux, une étrange relation se noue…





Split : une performance signée James McAvoy


Seize ans plus tard, Incassable semble bien loin… D’ailleurs on ne comprend le lien avec Split qu’à la toute fin du film, tout entier consacré à la personnalité de Kevin Wendell Crumb (James McAvoy). Ou plutôt les 24 personnalités ! Car le personnage de McAvoy, « héros » de ce film, souffre de trouble dissociatif de l’identité. Problème : l’une d’entre elles est un psychopathe (« la Bête »), une autre (Dennis) son complice zélé, qui lui fournit ses victimes. Outre la performance ahurissante de James McAvoy, le film à l’immense succès commercial est marqué par le retour au premier plan de M. Night Shyamalan… et celui de David Dunn, que l’on aperçoit dans la scène de clôture.



Glass : La réunion au sommet d’Elijah Price, Kevin Wendell Crumb et David Dunn


David Dunn et Kevin Wendell Crumb évolueraient donc dans le même univers ? Et bien, oui, nous confirme M. Night Shyamalan dans Glass, où les personnages de Bruce Willis, James McAvoy et Elijah Price se retrouvent ensemble… à l’asile. Traquant le serial-killer, Dunn a finalement mis la main dessus… mais les deux hommes se sont fait arrêter, et interner. Le docteur Staple (Sarah Paulson) confronte alors les deux hommes et une vieille connaissance : Elijah Price. Son but ? Faire comprendre à ces trois hommes que leurs super-pouvoirs n’existent nulle part ailleurs que dans leur tête. Mais évidemment, le génial manipulateur incarné par Samuel L. Jackson, véritable premier rôle du film, ne l’entend pas de cette oreille… Avec la conclusion de cette extraordinaire trilogie, M. Night Shyamalan met la touche finale à une série à nulle autre pareille. Quelque part entre Marvel et Hitchcock.