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1917 vs Jojo Rabbit

Le succès au box-office des films de guerre semble ne jamais se démentir. Année après année, dans un genre pourtant très riche, de nouvelles productions créent l’événement. Après Full Metal Jacket de Kubrick, Voyage au bout de l’enfer de Cimino, American Sniper de Clint Eastwood ou Dunkerque de Christopher Nolan, que pouvait-on encore attendre de plus ou de mieux sur le sujet ? C’était sans compter sur Sam Mendes et Taika Waititi, deux réalisateurs qui ont choisi de relever le défi en s’attaquant, eux aussi, à la Première et la Seconde Guerre Mondiale dans 1917 et Jojo Rabbit.

1917 : une plongée au cœur des tranchées

« Mission impossible ? » Voilà sans doute de quoi résumer 1917, le drame historique de Sam Mendes, récompensé par deux Golden Globes (meilleur réalisateur et meilleur film dramatique), trois Oscars (meilleure photographie, meilleur mixage de son et meilleurs effets visuels) et grand gagnant du box-office américain dès sa sortie (avec 37 millions de dollars de recettes pour sa première semaine d’exploitation aux Etats-Unis).

Un tableau réaliste mais superbe de la Première Guerre Mondiale

L’action se situe dans le Pas-de-Calais, non loin d’Arras. Inspiré par les récits de son grand-père, le réalisateur raconte l’histoire de la mission plus que périlleuse confiée à deux jeunes soldats britanniques, Will Schofield et Tom Blake : traverser les lignes ennemies pour délivrer un message qui annulera une attaque vouée à l’échec et empêchera la mort de 1600 soldats, parmi lesquels le frère de Blake. En suivant l’odyssée de ces deux Premières Classes que les épreuves vont peu à peu transformer en jeunes héros, Sam Mendes nous plonge au cœur de la Première Guerre Mondiale dont il dresse un tableau d’un réalisme sans concession mais aussi superbe visuellement. Des uniformes à la reconstitution du front, tout ici respecte l’imagerie de ce conflit. En compagnie des deux protagonistes, le spectateur traverse des tranchées et des villages en ruines, marche dans la boue et au milieu des rats. Bref, il découvre la réalité violente et cruelle d’une guerre qui a marqué les consciences collectives. Sam Mendes parvient tout de même à nous surprendre, notamment en évacuant presque systématiquement l’ennemi de l’image. Un choix judicieux de la part du réalisateur : d’abord parce qu’il respecte la réalité historique d’un conflit où les combattants tiraient le plus souvent sur des ennemis qu’ils ne voyaient pas tant ils étaient loin ; ensuite parce que c’est toujours le danger le moins visible qui est le plus effrayant. L’incroyable travail sur les lumières de son directeur de la photographie construit la poésie mais aussi la solennité de ces paysages dévastés et déserts qui sont pourtant habités d’une tension et d’une menace permanente.



1h55, un seul plan-séquence, une immersion totale

Mais le coup de génie du réalisateur de 1917 c’est d’avoir conçu ce long-métrage d’1h55 comme un seul vrai-faux plan séquence. Aucun plan de coupe, tout d’un seul tenant : le plan-séquence a souvent été utilisé à l’échelle d’une scène ou d’un plan fixe mais jamais à celle d’un film entier. En faisant le choix de cette prise de vue unique qui suit les personnages sans jamais les quitter, Sam Mendes plonge littéralement le spectateur dans une expérience cinématographique à la fois immersive et haletante. Présents aux côtés de Blake et Schoffield, « à chacun de leurs pas, chacune de leurs respirations » (dixit l’auteur), nous partageons toutes leurs émotions, jusqu’à leurs sensations physiques et c’est saisissant. Cette proximité avec les personnages embarque le spectateur dans une course contre la montre en temps réel, à couper le souffle. Loin de l’exercice de style, cette prouesse technique prend ici tout son sens : nous sommes plongés dans ces décors dévastés comme les soldats étaient plongés dans la guerre, immergés dans le froid, la douleur, le bruit, la boue sans fin. La caméra qui suit les deux jeunes hommes sans relâche impose un rythme effréné qui témoigne de la folie meurtrière. Elle construit une tension insoutenable en rendant palpable chaque seconde qui file et en nous rappelant que l’échec des deux frères d’arme pourrait coûter la vie de 1600 hommes. Porté par un duo d’acteurs tout simplement épatant, 1917 relève haut la main le pari et vous le prouve le 24 juin pour sa sortie en vidéo.


Jojo Rabbit : le nazisme dans le prisme de l’enfance

Il faut toujours une certaine audace pour oser s’attaquer à la Seconde Guerre Mondiale et à l’Allemagne nazie, sujets politiquement et moralement risqués et, par ailleurs, déjà traités par d’immenses figure du cinéma à qui l’on prend le risque d’être comparé. En s’inscrivant dans la lignée de Chaplin, Lubitsch et Benigni, Taika Waititi fait le choix de l’humour et du décalage pour relever ce défi.

Une satire burlesque, décalée et féroce

Johannes Betzler est un jeune garçon de 10 ans assez solitaire. Moqué par ses camarades des jeunesses hitlériennes qui le surnomment « Jojo Rabbit », il se choisit un ami imaginaire un peu particulier : Adolf Hitler en personne. Mais sa vision du monde sera bientôt mise à mal par sa rencontre avec Elsa, une jeune fille juive que sa mère, Rosie, cache dans leur maison. On pense évidemment au Dictateur de Chaplin face à Jojo Rabbit, un film audacieux qui choisit d’emprunter la voie de l’humour pour traiter de ce sujet grave. Adapté du roman de Christine Leunens, Le Ciel en cage, Taika Waititi prend la liberté de changer de registre et créer le personnage de l’ami imaginaire du jeune Johannes. En se glissant lui-même dans la peau d’Hitler, le réalisateur transforme le dictateur en un personnage burlesque et désamorce ainsi toutes les idées qu’il peut incarner. Une façon, comme le dit l’auteur, de « répondre à l’absurdité par l’humour ». Le paradoxe constant entre le ton de la farce qu’emprunte le film et la gravité du sujet en fait une œuvre déroutante et inattendue. On se surprend alors à rire au spectacle des acteurs qui ne cachent pas leur plaisir à tourner en ridicule les personnages de nazis qu’ils incarnent.

Un conte initiatique sur la perte de l’enfance

Mais on ne fait pas que rire face à ce film aux allures de conte initiatique. Jojo, en effet, hérite un peu du Candide de Voltaire. D’abord totalement aveuglé par l’endoctrinement de l’Allemagne nazie – ce que représente Adolf, l’ami imaginaire toujours présent à l’esprit de Johannes - cet esprit naïf va peu à peu se frotter à l’absurdité mais aussi à la violence du monde qui l’entoure au contact d’Elsa, cette jeune fille juive qui deviendra peu à peu son amie. Le comique va alors peu à peu céder la place à un conte plus grave mais aussi plus émouvant : celui d’un enfant que la violence et le tragique qui l’environnent vont obliger à grandir. Rarement un enfant aura été aussi juste que Roman Griffin Davis dans sa manière de jouer et l’on y retrouve une Scarlett Johansson dans une performance particulièrement subtile. C’est surprenant et touchant comme a pu l’être La Vie est belle de Benigni et c’est à découvrir en vidéo le 19 juin.