Les artistes à l'honneur
Interviews

Découvrez les interviews de Philippe Jaroussky, Emmanuel Moire et Antoine Elie

Philippe Jaroussky

Avec Ombra Mai Fu, le contre-ténor Philippe Jaroussky nous embarque à Venise assister à la naissance de l’opéra. Avanti !
Avec Ombra Mai Fu, vous interprétez les airs d’un compositeur un peu méconnu : Francesco Cavalli. Pourquoi ce choix ?

Philippe Jaroussky : Ce disque était en projet depuis de nombreuses années. Une de mes spécialités c’est le baroque, et pour une grande partie du public, cela correspond au XVIIIe siècle, celui de Haendel, Vivaldi, Bach…Mais il existe un « premier baroque », celui du XVIIe. C’est l’époque de la naissance de l’opéra (rien que cela !) avec Monteverdi. Puis Cavalli, beaucoup moins connu, mais très important dans cette première moitié du siècle. C’est une première raison.

La seconde, c’est qu’il y a matière à faire un disque : on a conservé 3 œuvres seulement de Monteverdi, alors qu’il en subsiste une quarantaine de Cavalli. La dernière raison est que Cavalli est le compositeur qui a fait de l’opéra un style populaire, alors qu’auparavant
il se donnait plutôt dans les salons nobles.

L’écoute est très étonnante : on a presque l’impression de découvrir un autre opéra. Moins grandiose, plus intime…

Philippe Jaroussky : C’est vrai, mais l’opéra est incroyablement divers en réalité. Ce n’est pas « seulement » Mozart, Puccini, Verdi ou Wagner ! Avec Cavalli, on découvre en effet un opéra qui se rapproche plus du théâtre chanté (il a d’ailleurs participé à la création du premier théâtre public de Venise), avec des intrigues très shakespeariennes : on y trouve des dieux, des rois, des héros, et aussi des gens du peuple. Je crois que c’est pour cela qu’il y a un vrai « revival » Cavalli ces denières années. C’est très amusant à mettre en scène, et fonctionne très bien avec les mises en scènes contemporaines.Il y a beaucoup d’alternance entre des airs tragiques et des choses très comiques (et parfois crues !). C’est très vénitien d’ailleurs : entre deux épidémies de peste qui décimaient la ville, on y faisait la fête.

Cela change quelque chose pour vous en termes de chant ?

Philippe Jaroussky : Oui, énormément. Nous autres chanteurs lyriques, nous chantons généralement sans micro. Arriver à faire « passer » notre voix au-dessus de l’orchestre nous oblige souvent à nous concentrer sur la puissance vocale. Dans les œuvres de Cavalli, l’orchestre est restreint : j’ai enregistré avec dix instruments, et encore rarement en même temps. Je peux donc me concentrer davantage sur le texte, je suis plus naturel. Par moments je fais presque du « parlé-chanté ».

 

Emmanuel Moire

Il s’est écoulé 4 ans depuis La Rencontre : est-ce que vous avez eu besoin de souffler entretemps ?

Emmanuel Moire : Après la sortie de l’album, il y a eu la promo, la tournée, j’ai réellement terminé l’aventure « La Rencontre » début juillet 2016. Après chaque projet, j’ai souvent besoin de faire un bilan. Je venais de traverser une grosse période de travail intense où les projets se sont enchaînés : Cabaret - le Musical, Danse avec les Stars, l’album « Le Chemin », puis l’album « La Rencontre ». A la fin de cette tournée, j’ai eu le besoin de faire une vraie pause, pour faire un point sur ce que j’avais fait et ce que j’avais envie de faire et surtout comment j’avais envie de le faire. Pour être honnête, j’avais envie de changement.

La majorité de vos textes étaient (co)écrits avec Yann Guillon. Sur Odyssée, vous êtes seul parolier. Pourquoi ce choix ?

Emmanuel Moire : J’ai adoré travailler avec Yann Guillon, nous avons fait 3 disques ensemble et c’était fort et enrichissant. Pendant la tournée de « La Rencontre », je me suis remis à écrire, j’en ressentais l’envie, le besoin. J’étais en train de prendre conscience que j’avais mis de côté une partie de l’artiste que je suis. J’ai pris confiance en moi, et je suis fier d’avoir  suivi mon intuition, il me paraîtrait aujourd’hui inenvisageable de ne plus écrire.

Jean-Jacques Goldman vous a écrit une chanson (Des mots à offrir). Qu’est-ce que cela fait de collaborer avec le 
« parrain » de la chanson française ?

Emmanuel Moire : J’ai grandi avec ses chansons, je suis honoré d’avoir collaboré avec lui sur cet album. Ça s’est fait simplement : il a aimé la mélodie que je lui ai envoyée et quelques mois après, il est revenu vers moi avec ce texte. Symboliquement, c’est fort pour moi, de pouvoir associer mon nom à celui de Jean-Jacques. C’est comme un beau cadeau de la vie.

Vous avez fait votre coming out il y a déjà dix ans, mais La Promesse est votre première chanson à en faire ouvertement mention : c’était une envie « militante », simplement le bon moment pour l’aborder ?

Emmanuel Moire : Cette chanson est venue spontanément. L’orientation sexuelle reste toujours, aujourd’hui, un sujet qui pose problème. Je suis en paix avec l’homme que je suis, ce n’est pas le cas pour beaucoup de personnes… Se cacher derrière un costume, c’est passer à côté de sa vie. J’ai l’impression que parfois une chanson peut avoir beaucoup d’impact dans la vie des gens. Je me sens du coup encore plus responsable et engagé, il me paraît important et nécessaire de prendre position, afin à ma manière de faire avancer les choses.


Antoine Elie

Vos textes sont très forts, durs mais poétiques : comment se passe l’écriture d’une chanson pour vous ?

Antoine Elie : L’écriture est d’abord pulsionnelle. Parfois entraînée par une mélodie ou une brûlure émotionnelle, elle s’incarne un peu comme un écho d’un moi qui vivrait à l’intérieur, dans le silence. Parfois, quelque chose se passe à la relecture et il s’agit alors de faire sonner tout ça à force de chant et de peaufinage...

Vos premiers titres ont été repérés il y a déjà quelques temps, mais votre premier album ne sort que maintenant !

Antoine Elie : Au fur et à mesure, de plus en plus de personnes ont été touchées par mes chansons et ont rejoint l’aventure. J’ai eu la chance de signer chez Polydor il y a deux ans. Une fois les chansons écrites et sélectionnées, beaucoup d’étapes restent à franchir comme le mixage et le mastering (opérés respectivement par Robin Florent et Alex Gopher), le visuel, et enfin la fatidique date de sortie qui se doit de tomber à un moment propice.

Quels sont vos projets pour la suite, et où le public va-t-il pouvoir vous voir cette année ?

Antoine Elie : J’ai bon espoir que la sortie de cet album nous ouvre la porte des salles de spectacle, ce qui pourrait nous permettre de le faire vivre sur scène ! Sinon, je continuerai à écrire et à chanter, quel que soit le nombre d’oreilles disponibles.


Publié le 12/03/2019