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Proust 1919

Mercredi 10 décembre 1919, à l’heure du déjeuner chez Drouant. Dix hommes, entre la poire et le cigare, viennent de décerner le 17e prix Goncourt à Marcel Proust pour À l’ombre des jeunes filles en fleurs, deuxième volet d’À la recherche du temps perdu.
Un choix qui tombe sous le sens aujourd’hui, mais qui a tout changé : pour Proust bien sûr, pour le Goncourt aussi, et pour la littérature française. Un choix, surtout, qui n’était pas si évident il y a 100 ans…
 

Couronner Proust, un scandale national

Face à Proust, en effet, il y avait un concurrent encombrant : Roland Dorgelès et ses Croix de bois, témoignage saisissant sur les horreurs des tranchées. Un an après l’Armistice, la Grande Guerre est encore bien présente dans les esprits. La France a une dette envers ses « Poilus ». Et Dorgelès est donc le candidat le plus « politiquement correct » pour le Goncourt. Marcel Proust, en revanche…
 

Proust ? Trop riche, trop vieux, trop mondain…

L’auteur de la Recherche cumule en effet les tares. D’une, c’est un « planqué », qui n’a pas vu la guerre de près. De deux, c’est un grand bourgeois… et les 5000 francs du prix seraient plus utiles à un auteur sans le sou. De trois il est trop vieux (48 ans), trop mondain, son livre est trop bavard. Encore une fois, face au héros Dorgelès, Proust passe mal… C’est pourtant lui qui va l’emporter, assez rapidement d’ailleurs, par 6 voix contre 4.
Dès le verdict du jury connu, les journaux se déchaînent. On parle de « Proustitution », d’un jury de « Goncourtisans ». Certains n’hésitent pas à attaquer les mœurs de Proust, voire à multiplier ce qu’on qualifierait aujourd’hui de « fake news ». Bref, c’est une de ces empoignades littéraires comme il en arrive une par génération.

 

Une émeute littéraire comme si vous y étiez

Le contexte, les délibération, puis la curée médiatique : c’est tout cela que Thierry Laget nous fait revivre dans Proust, prix Goncourt : une émeute littéraire. Éminent spécialiste de Proust (sur lequel a porté sa thèse, et dont il a été l’un des éditeurs lors du passage de la Recherche dans la Pléiade), Laget s’est plongé dans des archives inédites, a épluché correspondances et journaux… et nous livre un quasi-thriller sur le couronnement de Marcel Proust.

 


100 ans après, À la recherche du temps perdu est toujours bien présente

La pression « populaire » et médiatique, l’air du temps… C’est tout à l’honneur des jurés de Goncourt d’en avoir fait abstraction, pour décerner leur prix sur des critères purement littéraires. Ils ont eu raison : avec Le Feu d’Henri Barbusse (en 1916), À l’ombre des jeunes filles en fleurs est le premier Goncourt à subir avec succès l’épreuve du temps et à passer à la postérité.
 

A l’ombre… roman charnière

Située en grande partie à Balbec (la station balnéaire inspirée de Cabourg), À l’ombre… s’organise autour de la figure du narrateur, qui se détache peu à peu de Gilberte Swann pour se rapprocher des « jeunes filles en fleurs » Andrée, Rosemonde. Et Albertine, dont il va s’éprendre.
L’action se détache donc nettement de celle du premier tome, centré sur Charles Swann (le père de Gilberte), et constitue le point de départ des 5 tomes suivants : Le côté de Guermantes, Sodome et Gomorrhe, La Prisonnière, Albertine disparue et Le temps retrouvé…


 


La consécration d’un géant des lettres

La légende (et l’ouvrage de Thierry Laget) raconte que c’est sous la couette que Marcel Proust aura appris son couronnement. Le mot du grand homme à l’annonce de la nouvelle ? « Ah ? »…
Non pas que Proust se moquât du Goncourt. Il le considérait comme le seul « prix de valeur aujourd’hui, parce qu’il est décerné par des hommes qui savent ce qu’est le roman ». Simplement, si le narrateur de ses romans, « longtemps [s’est] couché de bonne heure », l’auteur, lui, émergeait à 16 heures…
Avec cette reconnaissance de ses pairs, Proust est donc en route vers l’immortalité. Son décès, 3 ans plus tard, et la publication posthume des trois derniers actes de la Recherche, parachèveront sa gloire. Avec Hugo, Balzac et Zola, il est sans doute le romancier français le plus emblématique.
 


Publié le 08/11/2019