Prêt à feuilleter

Tous les hommes désirent naturellement savoir

de Nina Bouraoui , date de sortie le 22 août 2018
« J'écris les travées et les silences, ce que l'on ne voit pas, ce que l'on n'entend pas. J'écris les chemins que l'on évite et ceux que l'on a oubliés. J'étreins les Autres, ceux dont l'histoire se... Lire la suite

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La fiche détaillée

Résumé

« J'écris les travées et les silences, ce que l'on ne voit pas, ce que l'on n'entend pas. J'écris les chemins que l'on évite et ceux que l'on a oubliés. J'étreins les Autres, ceux dont l'histoire se propage dans la mienne, comme le courant d'eau douce qui se déverse dans la mer. Je fais parler les fantômes pour qu'ils cessent de me hanter. J'écris parce que ma mère tenait ses livres contre sa poitrine comme s'ils avaient été des enfants. »

Avec Tous les hommes désirent naturellement savoir, Nina Bouraoui signe un roman envoûtant sur les origines du désir et de la violence.

Caractéristiques

Titre Tous les hommes désirent naturellement savoir
Auteur Nina Bouraoui
Editeur Lattès
Date de parution 22 août 2018
Nombre de pages 263 pages
Dimensions 21,00 cm x 13,00 cm
Poids 318 g
Support Broché
ISBN / EAN 978-2-7096-6068-6 - 9782709660686

4,2/5

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Le 26/03/2019

Voguant entre ses souvenirs, de l’Algérie à la France, dans une quête d’identité bouleversante, Nina Bouraoui nous offre une part intime des nuits de sa jeunesse. Son dernier roman » Tous les hommes désirent naturellement savoir « est paru aux éditions JC Lattès en 2018. p. 11 : » J’ai vécu en France plus longtemps que je n’ai vécu en Algérie. J’ai quitté Alger le 17 juillet 1981. « Dans une alternance de chapitres très courts, l’auteure raconte tour à tour son enfance en Algérie et en Bretagne et ses nuits parisiennes, lorsque, jeune adulte, elle fréquente le Katmandou, un club parisien réservé aux femmes. Ce roman relate le combat intérieur d’une femme qui cherche à comprendre l’origine de son homosexualité dans ses liens de filiation. p. 12 : » Je veux savoir qui je suis, de quoi je suis constituée, ce que je peux espérer, remontant le fil de mon histoire aussi loin que je pourrai le remonter, traversant les mystères qui me hantent dans l’espoir de les élucider. « Intimement persuadée que cette lutte intérieure a été conditionnée dès sa plus jeune enfance, la narratrice se remémore l’agression dont sa mère a été victime. p. 27 : » Plus tard, je m’infligerai le devoir de protéger toute femme du danger, même s’il n’existe pas. « Le déclenchement semble-t-il de son détachement à un quelconque désir au sexe opposé. C’est à dix-huit ans, au moment des premiers désirs entre les bras des femmes, que Nina Bouraoui entreprend l’écriture, comme une délivrance, un exutoire. p. 43 : » L’écriture agit comme un élixir, son geste m’apaise, me rend heureuse. « Garçon manqué enfant, elle peine à trouver une position dans une famille déjà atypique, composée d’une mère bretonne et d’un père algérien. Sa sœur aînée semble s’être attribuée la place de fille, au sens le plus large du terme, alors que Nina ne sait comment se placer. p. 61 : » Il y a une histoire de l’homosexualité, des racines et un territoire. Elle ne vient pas du désir, du choix, elle est, comme on pourrait le dire de la composition du sang, de la couleur de la peau, de la taille du corps, de la texture des cheveux. Je la vois organique, cela me plaît de l’envisager ainsi. L’enfant homosexuel n’est pas l’être raté, il est l’être différent, hors norme et à l’intérieur de sa norme à lui, dont il ne comprendra que plus tard qu’elle le distingue des autres, le condamnant au secret, à la honte. « Si elle envie les garçons du quartier dans la liberté de leurs attitudes, elle méprise leur violence. Particulièrement proche de sa sœur pendant ses années d’enfance, ses amies attireront déjà son regard. Le regard d’une jeune fille à la recherche de son identité sexuelle. p. 31 : » Je souffre de ma propre homophobie. « Les mots sont forts, mais sont le reflet d’une lutte intérieure, d’un certain dégoût – ou du moins rejet – d’elle-même. Mais combien de tourments, de nuits d’insomnie et de douleurs pour s’accepter, enfin, dans son entièreté ? Accepter cette différence qui deviendra une évidence et une force. Car lutter contre sa propre sexualité, c’est lutter contre soi-même. p. 251 : » […] je n’y arrive pas, je ne m’assume pas, c’est éprouvant d’être différente, même si je ne peux plus faire autrement, j’ai fait un pas, je suis fière de moi, mais j’en veux à la terre entière, je trouve cela difficile d’être homosexuelle, personne ne s’en rend compte, ne mesure ça, cette violence. « Cette immersion dans l’intimité de l’auteure est d’une touchante sincérité. L’évolution vers l’acceptation de son homosexualité passe par de nombreuses phases, comme l’atteste ce roman. Tout ce temps, ces années à lutter contre la naissance d’un désir, mais un désir qui diffère de la norme, est le témoignage d’un mal être intérieur d’une grande violence. Un roman bouleversant, qui peut contribuer à trouver un apaisement intérieur vers ce qui ne doit pas être un combat, mais une acceptation de soi.

sonfiljuliesuit

Le 06/02/2019

«Tous les hommes désirent naturellement savoir.» C’est par ces célèbres mots que commence la Métaphysique d’Aristote. C’est aussi cette célèbre citation qui donne son titre au 15ème roman de Nina Bouraoui, qui à travers ces lignes, livre son enfance, son histoire familiale entre l’Algérie et la France. L’auteur se plonge dans ses errances et nous emmène avec elle à travers sa honte, sa culpabilité d’être une femme différente. Une femme qui découvre son homosexualité. Une femme à la recherche de ses désirs et de ses amours. Mais surtout une femme qui cherche à se faire aimer. Une quête de soi, en parallèle d’une quête identitaire, entre l’Algérie de son enfance et la France de ses années étudiantes. C’est avec la violence née en Algérie que sa honte fait surface et devient viscérale au point qu’elle cherche à s’effacer, à s’engloutir dans ses conquêtes, dans ses errances. Des errances qui la mènent, peu à peu, à l’acceptation de ses différences. Fille d’un couple mixte, elle grandit dans l’amour familiale mais elle se sent étrangère entre ses deux pays, mais aussi étrangère au sein de ses propres désirs. Elle couche les mots pour raconter sa haine d’elle-même, sa haine de ses désirs homosexuels. Elle est tour à tour homosexuelle et homophobe, tiraillée entre ses désirs et son éducation. Grandir dans un pays musulmans laisse des traces, elle devient schizophrène à force de se perdre dans ses choix, ses idées et ses désirs. Comment trouver sa place, à la fois dans son esprit et dans son quotidien ? Nina Bouraoui exprime avec brio ce tiraillement entre l’éducation et les désirs et enfin l’acceptation de soi. Un livre qui raconte, comme une histoire, racontée à haute voix et même si cela semble parfois décousu,cette manière de se livrer fait que le lecteur s’immerge dans ses souvenirs. J’ai grandi en Tunisie et par beaucoup d’aspects, je me suis retrouvée dans ce que raconte l’auteur. La place de le femme, ses désirs, les rejets, mais surtout dans l’opposition que l’on ressent entre éducation et aspirations profondes. L’auteur se livre et nous parle du déracinement, de son enfance et de sa quête identitaire. Je ne suis pas fan d’autobiographie et je dois dire que lorsque j’ai sollicité le livre sur NetGalley je n’avais pas compris que cela en serait une. Pour autant, je ne regrette pas cette lecture, qui même si elle m’a déstabilisé par sa construction, a été agréable à lire.

Fandol

Le 23/01/2019

Nina Bouraoui a quitté l’Algérie à l’âge de 14 ans pour venir vivre à Paris. Dans Tous les hommes désirent naturellement savoir, elle laisse remonter les souvenirs, parle de ce qu’elle vit, de ses difficultés, de son homosexualité et cela donne un livre très décousu et déroutant. Les chapitres ont tous pour titre un verbe à l’infinitif : Devenir, Se souvenir, Savoir, Être, les deux premiers revenant le plus souvent. À Paris, elle se rend dans un club réservé aux femmes, le Katmandou, et tente de mener une double vie entre ses rencontres et sa solitude : « Elle est couverte d’épines et d’orties. » Elle se souvient d’Alger, de la terreur qui monte, de sa mère agressée dans la rue et tente de s’affirmer : « Je sors seule, comme un homme. Je me crois libre, mais ce n’est pas ça la liberté ; personne ne m’attend, personne ne m’espère. Je ne suis rien, j’en ai conscience et j’ai honte. » Au club, qu’elle nomme familièrement le Kat, elle rencontre des ouvrières, d’anciennes détenues, des prostituées. Ces femmes ne sont pas du même milieu qu’elle mais elles ont la même orientation sexuelle. La peur est là, dans beaucoup de pages, celle qu’elle éprouvait à Alger, la peur du sida en France mais le plus difficile est de trouver sa place : « La France c’est le vêtement que je porte, l’Algérie c’est ma peau livrée au soleil et aux tempêtes. » Elle parle des femmes qui l’attirent, de sa mère à la fac de Rennes, des femmes à Alger et de ses grands-parents maternels, tous les deux chirurgiens-dentistes, qui n’ont jamais accepté son père. Alors, Nina Bouraoui (photo ci-contre) lâche : « J’écris pour être aimée et pour aimer à l’intérieur de mes pages. Je réalise mes rêves en les écrivant - je m’invente, ainsi, de nombreuses liaisons, vainquant ma peur des femmes et de l’inconnu. » Drogue et alcool sont le quotidien de ces femmes qu’elle rencontre alors qu’elle n’arrive pas à connaître un bonheur complet, à s’épanouir, toujours déchirée entre les souvenirs de cette violence inouïe connue en Algérie et rêves et désirs bien compliqués à assouvir.

Fleitour

Le 17/09/2018

Un récit émouvant comme un chant qui oscille entre l'intime et l'universel. C'est un long poème, où l'encre dessine les creux et les silences, esquisse les vides, où le passé “étreint les autres, ceux dont l'histoire se propage à Nina Bouraoui”. C'est un assemblage de textes, plus exactement d'humeurs, de pauses et de soupirs qui s'imbriquent dans un récit, qui retourne toujours à la mer. Ce récit “Tous les hommes désirent naturellement savoir” est une sorte de sentier initiatique où la mère de Nina est celle qui protège mais aussi celle qui porte les secrets de toute la famille, les failles et les fantômes que la jeune fille peu à peu déplient. La narration est peut être un livre de psaumes, où il n'y pas de Dieu, mais quelque chose qui procède de l'amour. Il se vit comme une suite de chants, qui vous installe dans une méditation, une atmosphère de solitude végétative, trouble que seule les femmes ont le droit de respirer, jusqu'à la suffocation. Nina parle de la voix de Ely page 35 “ c'est à sa voix si spéciale, que je la reconnais dans la nuit, cette forêt de femmes parmi lesquelles je me fraye un chemin pour la retrouver. Cette mosaïque de mots parle de son enfance, chahutée par les multiples va-et-vient de ses parents, lui est algérien, elle est bretonne, ils se sont mariés à Rennes, mais ne se sont pas installés. La narratrice retrace le parcours de ses parents, elle ne trouvera aucune empreinte, car ils ne leur restent que des souvenirs, souvent flous, les photos de la famille sont rares, ces rues obscures de son enfance pourraient même suggérer un couple en fuite ou du moins, un couple qui cherche à passer inaperçu. Dans ses souvenirs, elle évoque page 29 ses peurs ; dans les années 90, c'est la mort d'un médecin psychiatre qui marque le début de la "terreur algérienne." C'est la peur encore qu'elle associe à cette femme si belle, l'épouse du Docteur, car dit-elle,  " sa femme française portait des jupes à plis, des chemisiers si fins qu'il laissait voir sa peau parsemée de taches de rousseur ; chacune d'entre elles était l'impact d'un baiser donné, un baiser du Docteur G." On pourrait dire aussi que ces textes, rassemble des chants d'amour, la quête inlassable de l'amour, celui que la jeune fille désire mais qu'elle a tant de mal à exprimer, à expliciter. C'est une crevasse qui s'ouvre sous elle, quand aucune de ces rencontres de lui permet de trouver une passerelle entre son corps et ses désirs, ses désirs d'amour, son besoin d'être aimée. La fréquentation du Katmandou, club pour femmes homosexuelles, est une sorte de provocation, une présence semblable à celle que suggère le brouillard. Le chemin qu'elle trace, est celui de son adolescence, l'affirmation de ce qu'elle savait sans se l'avouer, son homosexualité, et le chemin est long, depuis la honte qu'elle éprouve, une forme de honte sociale, aux premiers émois entre les bras d'une jeune femme qui l'aime sans savoir vraiment jusqu'au ira son premier amour. Elle souligne page 89," je dois quitter mon enfance pour exister." Savoir, on aimerait savoir, tout savoir de l'amour, et même l'amour de l'amour, Nina Bouraoui nous laisse quelques parcelles de ce savoir quand elle écrit :  "je désire maintenant et je suis désirée, je suis sans passé sans avenir et sans témoins, je pourrais disparaître entre ses mains et pourtant je renais." Le chant envoûtant d'une jeune femme dévissant sur les fissures de l'âme. 

isabelleisapure

Le 06/09/2018

Pour ma première rencontre avec Nina Bouraoui je ressors de ma lecture avec une impression mitigée. Je n’ai pas vraiment réussi à m’intéresser à cette histoire très personnelle que nous propose l’auteure. J’ai eu du mal à suivre ces souvenirs d’enfant et d’adolescente ballotée entre deux cultures, Française et Algérienne. Lorsqu’en grandissant, elle découvre son homosexualité, l’auteure est également dans le doute et le reniement et même si elle va régulièrement passer ses soirées au Kat, club réservé aux femmes, elle éprouve de la honte en regardant les filles enlacées ce qui ne fait qu’accroître son malaise. Même si j’ai apprécié cette lecture dans sa première partie, je me suis rapidement lassée de cette confession intime. Les autofictions me laissent en général indifférente, je n’y vois qu’une thérapie pour l’auteur. Je note cependant une écriture élégante et précise qui permet une lecture facile.