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Sérotonine

de Michel Houellebecq , date de sortie le 04 janvier 2019
"Mes croyances sont limitées, mais elles sont violentes. Je crois à la possibilité du royaume restreint. Je crois à l'amour" écrivait récemment Michel Houellebecq.

Le narrateur de... Lire la suite

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La fiche détaillée

Résumé

"Mes croyances sont limitées, mais elles sont violentes. Je crois à la possibilité du royaume restreint. Je crois à l'amour" écrivait récemment Michel Houellebecq.

Le narrateur de Sérotonine approuverait sans réserve. Son récit traverse une France qui piétine ses traditions, banalise ses villes, détruit ses campagnes au bord de la révolte. Il raconte sa vie d'ingénieur agronome, son amitié pour un aristocrate agriculteur (un inoubliable personnage de roman – son double inversé), l'échec des idéaux de leur jeunesse, l'espoir peut-être insensé de retrouver une femme perdue.

Ce roman sur les ravages d'un monde sans bonté, sans solidarité, aux mutations devenues incontrôlables, est aussi un roman sur le remords et le regret.

Caractéristiques

Titre Sérotonine
Editeur Flammarion
Date de parution 04 janvier 2019
Nombre de pages 352 pages
Dimensions 21,00 cm x 14,00 cm
Poids 362 g
Support Broché
ISBN / EAN 978-2-08-147175-7 - 9782081471757

4,2/5

Sociolitte

Le 14/02/2019

Les effets secondaires du bonheur Dans une France qui détruit ses campagnes et délaisse ses classes moyennes, le portrait sans concession d'un homme au bord de l'explosion sentimentale et sociale Florent-Claude Labrouste est « une inconsistante lopette de 46 ans ». C'est ainsi que le héros du nouveau roman de Michel Houellebecq se considère. Un « quadragénaire fourbu », un « loser », un « raté » : les qualificatifs ne manquent pas pour désigner ce cadre moyen déprimé, figure tutélaire des romans de l'auteur. Repoussant tout acte ou décision conflictuel, incapable de prendre sa vie en main, Florent, comme certains l'appellent, ne trouve refuge que dans l'ingestion d'houmous, et la prise d'un médicament : le Captorix. « C'est un comprimé blanc, ovale, sécable ». Antidépresseur fictif, ce remède a pour effet de la libérer de la sérotonine – l'hormone du bonheur – dans le corps, plus rapidement et plus efficacement que n'importe quel autre traitement équivalent. Mais celui-ci comporte des effets secondaires dont le principal est d'entraîner la perte de la libido et l'impuissance sexuelle. Seule solution pour lui d'arriver à « maintenir le désespoir à un niveau acceptable » et de tenter d'endurer « l'insupportable vacuité des jours ». Éviter de se tuer, car ce n'est pas la mort qui l'attire, mais il ne peut plus continuer ainsi. Entre une compagne qu'il méprise, du fait de sa cupidité et qui le trompe éhontément sans des gangs-bangs humains (mais aussi canins), et un poste d'ingénieur agronome au ministère de l'Agriculture dont la vacuité n'a d'égale que la rémunération, son premier réflexe, avant de prendre le médicament, est de disparaître. Il ne veut pas mourir. Il préfère partir. S'échapper de sa propre condition d'homme blessé, fuir son impuissance morale à affronter la vie en société. Quitter une société impuissante à l'intégrer, mais aussi elle-même incapable de moralité. La sérotonine est une hormone liée à l'estime de soi, à sa reconnaissance au sein du groupe. Un groupe qui ne reconnaît pas Florent-Claude Labrouste, dans une société qu'il ne reconnaît plus lui-même. Ainsi, son seul ami Aymeric, éleveur de vaches normandes et laitières, personnage fascinant d'aristocrate-paysan ayant fait le choix d'une agriculture durable et raisonnée, connaît une situation économique affligeante. La paysannerie est finie. le constat est sans appel. L'industrialisation et le productivisme du néo-libéralisme envahit tous les secteurs, au mépris des règles de bon sens ou de santé collectives. Les accords de libre-échange tuent les producteurs locaux, au sens propre comme au figuré. C'était une idée qu'il peinait à concevoir dans son ancien bureau du ministère, qui deviendra évidente dans la réalité. Un constat amer sur notre société. Toute cette partie sociale est remarquable, car l'auteur adopte ici un autre rythme. Son style bien connu fait de réflexions cyniques et sarcastiques, et parfois de diatribes provocatrices, se fait ici plus épuré et littéraire. Son constat est froid, rude et désincarné, mettant souvent le lecteur à distance comme pour l'en extraire. Il compose alors une sorte de poésie tragique dans « une société globalement inhumaine et merdique ». Mais ces observations acerbes sur la moralité de la société n'arrangent pas le moral de notre héros déprimé. L'impuissance de la société ne peut faire qu'échos à la sienne, en tant qu'être humain, mais aussi en tant qu'homme sexué. La décadence du mâle blanc occidental de classe moyenne supérieure, personnage de prédilection de l'univers houellebecquien est donc ici représenté par Florent-Claude Labrouste. Mais si sa déchéance, sa « déréliction », comme l'auteur le précise, c'est-à-dire, son abandon, son désespoir paraît ici sans fond, à quoi pourrait donc servir le Captorix, ce médicament qui diffuse la sérotonine de façon révolutionnaire. « C'est un comprimé blanc, ovale, sécable », comme nous le décrit l'auteur dès la première phrase de son roman. Une phrase scandée qui reste gravée jusqu'aux derniers mots. Mais si cet antidépresseur est « une drogue simple et dure, qui n'apporte aucune joie, qui se définit entièrement par le manque, et par la cessation du manque », il crée un autre manque. L'absence de désir qu'il entraîne n'arrange pas le désir de vivre de notre héros. Florent voudrait maintenant « bander comme un mammifère » et retrouver son « phallus triomphant ». Jusqu'à en devenir une obsession. Et même si, pour lui, « tous les hommes souhaitent des filles fraîches, écologiques et triolistes », quand il n'y a plus d'espoir et qu‘il s'agit de faire le bilan, les regrets prennent des atours de chagrin d'amour sincère et profond. Car à quoi peut donc bien servir la sérotonine ? C'est quoi le bonheur, finalement ? Si Florent attend qu'une femme vienne « sauver sa bite, son être et son âme », « les promesses du bonheur » prennent les traits d'un seul visage : Camille, son seul et grand amour, catalyse au fond toutes ses pensées, et le souvenir de ses parents morts ensemble dans l'amour ne cesse de le hanter. Cynique, vulgaire et drôle tellement il est excessif, Sérotonine explore les limites d'un monde fini d'individus désespérés dans une société qui écrase. Ce roman des « espérances déçues » est aussi un grand roman d'amour. Lu en janvier 2019. Ma chronique complète Les conseils des libraires/Fnac.com :

palamede

Le 11/01/2019

La Weltanschaung (sa « conception du monde ») de Michel Houellebecq est bien déprimante. Et les années qui passent n'améliorent pas les choses. Toujours du sexe triste. Des femmes peu aimées réduites à un plaisir peu épanouissant. La vision d'une société consumériste, en proie à la globalisation et à l’ultra-libéralisme, néfaste à son environnement et fatale aux plus faibles. Bon cela dit, on aurait tort de négliger la prose Houellebecquienne sous prétexte qu'il radote, qu'il est obsédé, misogyne, homophobe, qu'il est désespéré et désespérant. D'abord parce que le cynisme de Houellebecq est drôle, (je n'y résiste pas, à chaque fois je me dis que c'est fini, je ne lirai plus les livres du bonhomme, et je repique) et qu'ensuite sa vision, qu'on partage ou pas, a le grand mérite de nous faire réfléchir. Entre autres choses, sur notre rapport au monde et aux autres, sur notre besoin essentiel d'amour, parfois compromis par un individualisme forcené. «... je ne crois pas me tromper en comparant l’amour à une sorte de rêve à deux, avec il est vrai des petits moments de rêve individuel, des petits jeux de conjonctions et de croisements, mais qui permet en tout cas de transformer notre existence terrestre en un moment supportable – qui en est même, à vrai dire, le seul moyen. » Challenge MULTI-DÉFIS 2019

AgatheDumaurier

Le 06/01/2019

A la veille de la rentrée de janvier, quoi de mieux qu'un petit Houellebecq pour se remplir de joie et de bonne humeur ? Pliée en deux de rire et remontée à bloc, j'achève ce livre avec un immense sentiment d'allégresse et de foi envers l'humanité...Et mes deux chattes (et oui, Michel, j'en ai deux, si c'est pas fantastique !!), sont ravies des hommages constants qui leur sont faits dans le livre et dressent fièrement leurs queues bouffantes (car elles ont les poils longs, ce sont deux main coons ) pour vous adresser une haie d'honneur ( mes chattes ont des queues, Michel, si c'est pas extraordinaire !!)...Bref. Je voulais laisser reposer un peu car, sous la limpidité apparente de l'eau, la noirceur du propos est toujours complexe, mais bon. Le roman présente des similitudes évidentes avec les autres : anti-héros désabusé dans la quarantaine, mâle blanc désespéré et impuissant par quel bout qu'on le prenne, Florent-Claude marche, non vers la mort, mais, l'anéantissement, physique et psychique, qui suit systématiquement la jeunesse dans tous les romans de Houellebecq. Premier accusé, l'Occident et son idéologie libéral et libertaire, poussant à la consommation des objets et des êtres, destructeur de toute valeur morale et de toute spiritualité. On retrouve le Houellebecq moraliste presque rigide de La Possibilité d'une île, La Carte et le Territoire, Les Particules Elémentaires. La possibilité du don et de l'amour, venant de certaines femmes comme toujours (vision un peu idéaliste, mon petit Michel), est piétinée par l'aveuglement et la faiblesse des hommes. La particularité du roman est d'être une sorte de road movie funèbre entre Paris et la Normandie, où tout semble déjà joué. On est un chouia après la fin des romans précédents, dans le basculement définitif, et notre héros chemine comme un fantôme revenant hanter les lieux et le temps où les choses semblaient encore possibles ( et même si elle ne l'étaient pas, on ne le savait pas). Comme dans "Le temps retrouvé", le narrateur s'octroie un dernier tour de piste et retrouve les visages fatigués de ceux qui ont compté pour lui. Emergent de son passé, en live ou en pensée, Kate, Claire, Camille et Aymeric d'Harcourt, son très noble ami à l'Agro. L'épisode avec Aymeric donne naissance à une charge sociale et politique violente, comme on en trouve assez ordinairement chez l'auteur, ici de l'Europe et de la mondialisation, vécues par les éleveurs normands. L'ensemble est d'une mélancolie douloureuse, parfois insupportable tant elle sonne juste. Lire Houellebecq est une épreuve de force. Pour nous empêcher de sombrer, il ponctue heureusement les pensées du narrateur d'humour, politesse du désespoir. La prose est d'une beauté lumineuse (si je fais abstraction, en ce qui me concerne, de ces scènes de sexe que notre auteur disperse çà et là, et dont je ne parviens toujours pas, au bout de vingt ans, à comprendre l'intérêt...) Je ne conclurai pas en disant que c'est un bon livre, car c'est évident, et c'est sans doute plus que ça. Un arrêt sur image d'une civilisation en crise, une pierre en plus dans le mausolée de granit gris que Houellebecq construit peu à peu pour notre époque, l'Occident post-apocalyptique des désastres mondiaux du XXème siècle, où nous avons perdu notre âme.

Lutvic

Le 06/01/2019

I. On est dimanche. La fête de l'Épiphanie : lointain écho judéo-chrétien parlant encore à une minorité déclinante. Ce matin, Samuel et Lise sont venus m'inviter à goûter leur galette vers les 16 heures – l'heure des enfants, pensais-je. Il se peut que je sois déjà arrivé à l'âge quand on recommence, sur la pente descendante, à vivre d'après les horaires enfantins. Je contemplai le visage de Lise ayant gardé un certain charme, celui qui m'avait ému il y a plus d'une décennie, à l'époque de notre courte liaison. Je l'imaginai une fois de plus s'adonner à des gestes tendres envers son Samuel, le prendre dans sa bouche et s'allonger ensuite, rassasiée, à côté de lui ; elle devait en être probablement capable, depuis leurs vingt ans de vie commune, mais je trouvai ce tableau résolument quelconque sinon aussi triste que ce gris dimanche de 6 janvier. A vrai dire, le souvenir le plus prégnant que je garde d'elle, ce sont surtout les deux taches de sang, deux taches rieuses me signifiant violemment sa fertilité, laissées sur mes draps à la fin d'une soirée quand elle avait ses règles. Alors que je sortais ma bite ensanglantée de sa chatte encore jeune, avec un ressenti bien ambigu (qui aime voir sa bite en sang ?), elle rigolait comme d'une bonne farce. Et puis, je réalisai qu'ils étaient passés, les deux, à un « mode de vie plus sain » et qu'ils ne fumaient plus, or la perspective d'un goûter sans clope ne put qu'amplifier la nausée qui s'emparait de moi depuis quelques jours. J'émis donc un grognement d'excuse pour décliner doucement leur invitation en calculant qu'une pizza, un calvados et la télé sans son, me permettant de superposer parfaitement les grimaces des leaders de la République en marche et de la France insoumise, qui dégageaient indistinctement, tous, une impression d'énergie presque insupportable, allaient me composer un après-midi plus adéquat. *** …tout ça pour dire qu'on peut facilement écrire comme Houellebecq d'aujourd'hui. On le lit par attachement, et par l'espoir de se sentir encore et encore frémir sur ses pages d'une noirceur jouissive, mais on n'attend plus grand-chose, et l'on sait à l'avance ce que chacun de ses bouquins nous donnera à lire : la description méticuleuse (parfois d'une banalité insoutenable, scandée par des tics et des poses usées) d'un personnage typé : blanc, européen, d'âge moyen, engagé sur une pente descendante, avançant parmi les décombres d'une civilisation mourante ; un mâle névrosé, déprimé, bloqué dans ses souvenirs et sa solitude, se remémorant les petits bouts de bonheur qu'il a connus et n'a pas su retenir. Il arrive, au mieux, à nous arracher quelques éclats de rire quand il veut passer à l'action, s'embourbant dans ses propres allégations procrastinatrices et dans la contemplation mélancolique-cabotine de ses multiples impuissances dissoutes dans une société dévitalisée. L'intrigue est brouillonne, le rythme essoufflé (mais, somme toute faite, incontestablement mieux conduit que dans « Soumission »), et l'ange damné du livre (Aymeric, l'aristocrate improbable devenu fermier), peine à soutirer notre empathie, dans un drame rural mélangeant la Confédération paysanne et les CRS. C'est peu. C'est peu malgré ces quelques figures féminines (Kate, Claire, mais surtout Camille) qui, comme d'habitude, demeurent dans la biographie du personnage et dans notre mémoire comme des créatures évanescentes et lumineuses, faisant don de leur corps et de leur âme, et mettant l'homme – pour un court instant, hélas ! – à l'abri de lui-même, responsables, dans l'économie du roman, d'un petit souffle romantique. Encensé avec une générosité excessive par l'establishment de la critique, bénéficiant d'une promotion balayant toutes les autres sorties du janvier, « Sérotonine » confirme que depuis « Soumission », Houellebecq est entré en hibernation, tel un ours suçant sa patte. Puisant incessamment dans la graisse qui donnait chair à ses romans d'antan, mais qu'il a fini par épuiser. Aujourd'hui, il vaut mieux relire « Les Particules élémentaires » et préparer une galette. II. Plus que tous ses autres livres, « Sérotonine » nous démontre que Houellebecq excelle dans l'art de nous livrer à chaque fois une gigantesque anamorphose. Ou une farce magistrale. Car tout un chacun peut se retrouver dans ses livres, et toute lecture – qu'elle soit désabusée (voir les lignes d'en haut) ou enthousiaste (comme celles qui risquent de suivre) – saurait tenir debout. « Sérotonine » illustre à merveille l'ambiguïté foncière de cet écrivain : dopé au marketing éditorial (d'après les uns) et méritant grandement son succès dû à la franchise de ses pages (d'après les autres), Houellebecq est devenu lui-même un personnage : un paradoxe qui ne cesse de se mettre en scène et de produire du texte. Vu d'un certain angle, son livre peut agacer, lasser, décevoir cruellement : il peut sembler une variation de plus sur la tragique et banale destinée d'occidental moyen en proie à la dépression, à la solitude et aux regrets tardifs, surpris dans une quête puérile et pathétique, déjà vue et lue, donc banalisée. D'un autre angle, il est difficile de ne pas résonner à l'errance jusqu'aux limbes du mal-nommé Florent-Claude Labrouste, personnage bien plus « humain » que ses prédécesseurs romanesques, qu'il semble contenir et actualiser, l'un par l'un, dans le monologue intérieur présent. (Et ces clins d'oeil font, il en va de soi, l'un de nos délices.) Protagoniste qui décide de disparaître de soi, de retourner, humainement et socialement, au néant, à l'anonymat et à l'insignifiance fondus dans la ville – cette somme de solitudes parallèles –, condamné à grossir dans l'isolement et marquant un « aboutissement » (si l'on peut se permettre…) de l'anti-héros houellebecquien. De surcroît, tout le décor et la déchéance du personnage, apparentée à un impossible retour au paradis perdu (l'amour de Camille, bêtement raté), mourant littéralement de chagrin et survivant en accomplissant des gestes futiles, discourant sur le bonheur ressenti autrefois comme à portée de main et pourtant irrévocablement loin – qui pourrait, au bout du compte, n'être qu'une simple question d'hormones, de gènes et de molécules injustement distribués –, parient sur des traits romantiques comme aucun autre jusqu'ici. Avec ses éternelles ambiguïtés idéologiques et son sens d'auto-dérision, Houellebecq fait partie du patrimoine national : on y est attaché comme aux bons produits locaux, on le subit, on le lit, on se dispute à son sujet autour de la table. Il nous inspire, nous irrite, invite à échanger. Il se peut que ses personnages médiocres déteignent sur nous. Et c'est humain. Plus c'est médiocre, plus c'est humain, pourrait dire n'importe lequel d'eux. Le pire, le pire serait de ne rien sentir...

Kirzy

Le 06/01/2019

Bienvenue en Houellebecquie ! Dès les premières pages, tu y es, retrouvant comme un vieil ami un nouvel avatar du héros houellebecquien, un mâle blanc fatigué, dépressif, le phallus en berne. Sans surprise. Juste que cette fois, le narrateur a un prénom absurde ( Florent-Claude ), qu'il est ingénieur agronome ( comme Houellebecq ) et que dès les premières pages, tu ne pressens pas, tu sais que c'est un homme en plein délitement, un homme en chute dont la fin est imminente, ce qui donne tout son sel à la causticité du titre : la sérotonine cette « hormone du bonheur », délivrée par le Captorix, l'antidépresseur dont ne peut se passer le Florent-Claude mais dont les effets sur la libido sont dévastateurs. On n'a jamais assez dit à quel point la prose de Houellebecq est drôle, et là, c'est clairement son roman le plus drôle. Le livre est parsemé de saillies drolatiques, violentes, provocatrices ( on connait le goût de Houellebecq pour le politiquement incorrect et même si parfois c'est gratuit, cette mauvaise foi hérissante fait du bien même si on n'en partage point les vues ), emplies d'ironie noire, qui font presque systématiquement mouche grâce un style d'une maitrise très efficace : beaucoup de phrases ou de paragraphes changent de registre de langue ou d'échelle en cours de lecture, commençant par exemple dans un lyrisme très travaillé pour s'achever dans du trivial, du grossier, du très humain terre-à-terre. Tu avances donc comme dans un thriller très addictif ( tu veux savoir comment Florent-Claude ne s'en sort pas ) , brillant de drôlerie mais Houellebecq ne fait pas que dans la radiographie cynique d'un homme qui chute en mode « moi, ma bite, ma dépression, mon Captorix ». Sans parler d'oracle ou de prophétie comme on l'entend souvent à propos de Houellebecq, la saisie du contemporain est d'une rare acuité. Incroyables cinquante dernières pages qui mettent en scène la révolte des abandonnés, non pas les gilets jaunes, mais leurs frères jumeaux, les agriculteurs, qui affrontent violemment les CRS. Le livre est complètement au diapason du malaise qui saisit la France ( mais écrit bien avant l'explosion Gilets jaunes ), de la désespérance paysanne, un livre politique donc qui tire à boulets rouges sur l'ultra-libéralisme et la complicité de l'Union européenne qui l'accompagne, avec une empathie totale à l'égard des agriculteurs ( magnifique personnage du meilleur ami du narrateur, Aymeric ). Mais ce qui est le plus nouveau, c'est le romantisme désespéré qui court durant tout le roman. Vrai que le premier personnage féminin évoqué ( Yuzu la dernière compagne japonaise ) est gratiné, grotesque ( très drôle, forcément très drôle ), que le deuxième ( Claire, l'intermittente du spectacle ) est triste à pleurer, mais celui de Camille, le grand amour perdu, est d'une épure superbe, loin de la misogynie souvent affichée par l'auteur. Camille revient dans le récit comme une obsession à laquelle se raccrocher pour peut-être pouvoir vivre ; elle traverse les chapitres comme le souvenir du paradis perdu, un souvenir qui fait du bien mais qui fait tout aussi mal lorsqu'on ne peut le vivre à nouveau. " J'ai connu le bonheur, je sais ce que c'est, je peux en parler avec compétence, et je connais aussi sa fin, ce qui s'ensuit habituellement. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé comme disait l'autre, ( ... ) la vérité est qu'un seul être vous manque et tout est mort, le monde est mort et l'on est soi-même mort, ou bien transformé en figurine de céramique, et les autres aussi sont des figurines de céramique, isolant parfait des points de vue thermique et électrique, alors plus rien absolument ne peut vous atteindre hormis les souffrances internes, issues du délitement de votre corps indépendant." J'ai refermé ce livre bouleversée par ce romantisme noir que je n'avais jamais rencontré dans les romans de Michel Houellebecq, uniquement dans ses sublimes poésies. Un grand roman sombre et poignant. « Lorsqu'il faudra quitter ce monde Fais que ce soit en ta présence Fais qu'en mes ultimes secondes Je te regarde avec confiance Tendre animal aux seins troublants Que je tiens au creux de mes paumes ; Je ferme les yeux : ton corps blanc Est la limite du royaume. » Michel Houellebecq, Configuration du dernier rivage, « HMT III ».