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Le ciel par-dessus le toit

de Nathacha Appanah , date de sortie le 22 août 2019
Loup, un adolescent lunaire, est emprisonné pour avoir provoqué un accident de voiture. Pour lui venir en aide, Phénix, sa mère, et Paloma, sa soeur, renouent. Des souvenirs douloureux de l'enfance de la... Lire la suite

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La fiche détaillée

Résumé

Loup, un adolescent lunaire, est emprisonné pour avoir provoqué un accident de voiture. Pour lui venir en aide, Phénix, sa mère, et Paloma, sa soeur, renouent. Des souvenirs douloureux de l'enfance de la première affluent, retraçant la trajectoire d'une lolita livrée par ses parents à la convoitise des adultes et dévoilant la violence nichée au coeur d'un quartier pavillonnaire.

L'AVIS Du libraire

L'avis de Marion, de l'espace culturel de Vernon

La singularité d'Appanah, c'est ce don de faire ressurgir les sentiments les plus durs et les plus hostiles, mettre à nu l'attitude crasse qu'on peut infliger aux autres et à soi-même. Un peu court mais le pari est réussi. Et c'est très beau !

Caractéristiques

Titre Le ciel par-dessus le toit
Collection Blanche
Editeur Gallimard
Date de parution 22 août 2019
Dimensions 21,00 cm x 14,00 cm
Poids 178 g
Support Broché
ISBN / EAN 978-2-07-285860-4 - 9782072858604

4,1/5

Fandol

Le 20/01/2020

Roman très spécial, Le ciel par-dessus le toit, titre emprunté à Verlaine, prouve, s’il était nécessaire, tout le talent, toute la beauté de l’écriture de Nathacha Appanah, une écrivaine que j’avais beaucoup aimée en lisant Tropique de la violence. Pour ce nouveau roman, elle s’appuie sur ce que l’on nomme habituellement un fait divers : un accident qui aurait pu être dramatique. Un jeune homme de dix-sept ans, Loup, a conduit la voiture de sa mère sur l’autoroute, pris une bretelle à contresens, causé un carambolage et pris la fuite à l’arrivée des gendarmes. Voilà que ce garçon, arrêté, est mis en détention par un juge. La prison comme unique solution ! Je m’interroge sur les dégâts irréversibles causés sur un être humain en pleine formation : enfermement, quartier mineurs, du bruit tout le temps, la promiscuité… traumatisé à vie. Il est évident que Loup a besoin d’amour, de l’amour de sa mère et surtout de celui de Paloma, sa sœur, partie du foyer depuis dix ans, qu’il n’a plus revue et qu’il tentait justement de rejoindre en voiture. L’auteur prend alors le temps de présenter la mère de Loup, Phénix, qui s’appelait, enfant, Éliette, sorte de petite fille modèle, élevée comme un poupée, mise en avant, exhibée alors qu’elle souffre de cette enfance qu’on lui vole. À onze ans, elle a brisé ce carcan, vécu sa vie mais que de dégâts irréversibles ! Nathacha Appanah a le mérite de montrer tout cela par petites touches, avec une écriture pleine de sensibilité, faisant mouche si nécessaire ou créant tout simplement une ambiance qui en dit plus long que tous les grands discours. Elle a même su, parfois, écrire le silence. Quelques passages sont d’une haute qualité, très beaux comme la scène de l’accouchement de Phénix ou quand le grand-père attend sa petite-fille à la gare. Bref roman, Le ciel par-dessus le toit a été, pour moi, un moment émouvant de lecture, bouleversant parfois. J’avais écouté Nathacha Appanah parler de son nouveau roman aux Correspondances de Manosque et j’ai été très heureux de pouvoir le lire, roman qui montre les fossés pouvant se creuser entre les générations, les écarts entre la mémoire d’un père et celle de sa fille. Quand Phénix, Paloma et Loup, à des époques différentes, n’ont qu’une solution, partir, il faut se poser beaucoup de questions et tout faire pour tenter de recoller les morceaux de vies brisées par trop comme par manque d’amour.

Cannetille

Le 12/01/2020

Devenue marginale et hermétique à la tendresse à cause d’un traumatisme remontant à l’enfance, Phénix est incapable de se montrer maternelle. A l’adolescence, sa fille a préféré fuir la maison. Dix ans plus tard, au même âge, son fils Loup se retrouve dans le quartier pour mineurs d’une prison. L’écriture est jolie, l’art du conte maîtrisé et l’on ne s’ennuie pas une seconde dans cette histoire en clair-obscur, esthétiquement composée. C’est pourtant cette même recherche formelle qui a fini par s’avérer contre-productive chez moi : à force d’intentions poétiques et d’effets de style, le récit m’a semblé verser dans l’artifice, au trop grand détriment de sa crédibilité. J’ai eu ainsi beaucoup de mal à me faire aux personnages : entre une mère objet de tous les fantasmes dont on ne percera jamais la déroutante image pour en comprendre vraiment les failles, un fils tellement fragile qu’il en paraît presque demeuré et fait bien plus office d’agneau sacrifié que de loup enragé, un médecin au comportement improbable lors d’un accouchement fantasmagorique qui occupe une place inexplicable dans le récit, seule la fille, par son absence, acquiert paradoxalement quelque réalité. C’est finalement le très beau travail sur sa forme qui fait l’originalité de cette histoire. Sorte de clair-obscur parfois presque fantastique où dansent les ombres de personnages plus esquissés que réellement incarnés, elle confirme, s’il le fallait, une bien jolie plume, mais s’avère pour moi une relative déception après mon précédent coup de coeur pour Tropique de la violence du même auteur.

Ladybirdy

Le 27/12/2019

Nathacha Appanah reste et restera pour moi le très beau « La noce d’Anna ». Depuis, je me sens larguée dans ses romans et celui-ci ne déroge pas. Une histoire certes lyrique et onirique à souhait sur une famille monoparentale en décomposition mais qui ne m’a pas séduit. Trop de flashbacks, d’ellipses, de clichés, de va-et-vient temporel, pour une histoire sans grande surprise mais rendue alambiquée faute à un surplus de figures de styles. 3 étoiles pour le phrasé qui est doux et recherché pour un roman qui à mon sens aurait gagné en qualité avec un peu plus de transparence. Si peu qu’on manque d’attention et de concentration ce roman devient bien trop ardu pour en savourer sa qualité littéraire.

Kirzy

Le 18/10/2019

°°° rentrée littéraire 2020 #32 °°° 125 pages seulement. 125 pages d'extraordinaire délicatesse pour raconter une famille cabossée. 125 pages oxymoriques où la noirceur côtoie la poésie, la douleur la poésie. Une douceur ouatée déchirée de rudesse pour plonger dans l'intime d'un triangle familial. Natacha Appanah tisse à partir de lambeaux de vie de chacun un texte incroyablement lumineux qui garde jusqu'au bout une ligne claire, vivante et elliptique. D'abord il y a la mère, Eliette devenue Phénix, le personnage le plus déchirant : les passages qui éclairent sur les traumatismes vécues durant son enfance m'ont secouée, bruts, crus, d'autant plus terribles qu'ils l'accompagnent adulte puis mère, la déchirent toujours et se transmettent à ses enfants, inéluctablement, irrémédiables dégâts qui s'en suivent. Paloma, la fille aînée, qui a décidé que pour vivre il fallait qu'elle fuit le plus loin possible de cette mère en souffrance, quitte à abandonner son petit frère et à être torturée par les affres de la culpabilité. Le fils, le frère, Loup, adolescent étrange et décalé, emmuré dans ses détresses. Le choc de son incarcération reconstitue le trio, avec peut-être la résilience au bout, peut-être un horizon moins sombre, peut-être. Et quelle écriture ! Eblouissante. Il n'y a pas un mot de trop, aucune phrase banale pour meubler. Juste de l'humain qui vibre et bruisse de toute la palette des émotions, comme dans cette scène où la mère et la fille se retrouvent après dix ans sans se voir, pour rendre visite à Loup : « Il y a ce regard échangé de loin. C'est la mère qui avance vers la fille parce que cette dernière est pétrifiée – par cette beauté, par cette vague d'motions qui l'atteint, par le poids de ces dix années, par la difficulté ) être m'enfant de sa mère – et toujours le coeur qui bat, le ventre qui tourne, l'esprit qui se débat pour trouver les mots qui conviennent, mais en réalité c'est autre chose qui prend le dessus et ça ressemble à un début, à quelque chose qui s'ouvre et qui offre on en sait quoi, on en sait pas encore comment mais on espère que ça ressemblera à de la tendresse et, pour l'instant, ça leur suffit. » « Il était une fois » commence ce roman, comme un conte atemporel et universel sur la famille, la filiation, l'hérédité de la transmission des traumatismes. « Il était une fois » le conclut de façon puissance et vibrante comme un hymne à la vie, aux possibles. Bouleversant.

berni_29

Le 28/09/2019

Que dire d’un ciel immense qui s’échappe, une vie humble a autant besoin de ciel que les autres, de la lumière, un chemin pour savoir où on est et où aller. Le ciel par-dessus le toit est un magnifique roman écrit par Nathacha Appanah, il évoque par son titre ce très beau poème de Paul Verlaine ; j’ai appris que Verlaine l’avait écrit en prison, lorsqu’il tenta de tuer son amant Arthur Rimbaud. « Le ciel est par-dessus le toit, si bleu si calme ! ». C’est à quelque chose près le décor que nous découvrons de cette famille ordinaire, presque comme les autres. Le roman, cependant, démarre dans la cellule d’une maison d’arrêt. Comment comprendre ce qui a amené celui qui est ici, Loup, un enfant presque encore. « Un arbre par-dessus le toit berce sa palme ». Nous découvrons ce fait divers presque anodin qui conduit Loup en prison, mais l’auteure nous amène à découvrir à travers ses propres mots ce qui l’a amené à cela, remonter le chemin dans l’autre sens. Justement, revenons un peu en arrière, lorsque la mère de Loup était encore une enfant, une petite fille, elle s’appelait alors Éliette. Plus tard elle changera de nom, devenant Phénix, comme une être ressuscitée ou qui veut tout simplement rayer d'un trait l'autre pan de sa vie. Plus tard elle aura deux enfants, Paloma et Loup. « La cloche, dans le ciel qu’on voit Doucement tinte. Un oiseau sur l’arbre qu’on voit Chante sur sa plainte ». Il y a cette scène d’entrée, la petite fille idéale, qui chante très bien, qui joue à chaque fois son rôle de petite fille modèle, de poupée à la perfection, docile parmi les autres, elle chante admirablement bien, fait la fierté des siens des autres, et puis brusquement sur cette scène de repas de Noël, c'est le repas de Noël de l'entreprise où travaille son père, au lieu de chanter, c’est un cri qui sort d’elle, c’est même plus qu’un cri, c’est quelque chose de plus profond, de viscéral, de guttural, d’effroyable, quelque chose qui ressemble aux ténèbres, à la nuit, au vide. Quelque chose qui l’entraîne en hôpital psychiatrique. Un lieu carcéral. Déjà... Le cœur de Loup s’emballe souvent. C’est un enfant dont le cœur est comme cela, un cœur qui s’emballe, il a sans doute de bonnes raisons. Parfois certains enfants ne savent pas distinguer le réel de l’imaginaire. Loup est de ces êtres totalement fragiles. Loup n’a qu’une seule obsession, retrouver sa sœur Paloma, quitte à rouler à contre-sens sur cette entrée d'autoroute, ce qui lui vaudra de se retrouver devant un juge... Loup n'a peut-être jamais su trouver les bons chemins, prendre les bonnes directions... Et cet oiseau qui chante sa plainte, qui est-il ? La mère ? Paloma, la sœur de Loup qui cherche à protéger celui-ci, à le retrouver ? ou bien Loup lui-même ? « Mon Dieu ! Mon Dieu ! La vie est là, Simple et tranquille. Cette paisible rumeur-là Vient de la ville ». Il y a quelques temps, j’ai découvert que Paul Valéry avait une définition originale de l’inspiration et l’accordait non pas à l’auteur mais au lecteur. J’adore cette idée. Rebondissant sur cette idée, je me suis pris d’empathie pour ce récit. J’ai aimé la poésie qui se dégage de cette très belle écriture, douloureuse forcément mais apportant une infinie douceur. C’est sans doute, je crois, la magie de ce texte... Les personnages de ce roman semblent en retrait, silencieux, absents de ce qui les anime. Phénix, reconvertie à la vie, ne veut surtout pas reproduire ce qu’elle a vécu lorsqu’elle était enfant. Ses enfants sont libres, elle les laisse libres, ainsi. J’ai adoré ce livre, cette ambiance que je viens de décrire m’a totalement emporté, ému aussi. Mais derrière la poésie de l'écriture viennent aussi des questions douloureuses, l'enfance meurtrie, maltraitée, les non-dits, l'indifférence, ce trop plein d'amour ou pas assez qui peut déjà tout décider de ce qu'adviendra la vie d'après. " Qu’as-tu fait, ô toi que voilà Pleurant sans cesse, Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà De ta jeunesse ? " Peut-être que le ciel par-dessus les toits, le ciel derrière les murs, les barreaux des prisons, le ciel derrière nos peaux, nos coeurs, nous éclairent et nous engloutit à la fois. Parfois les liens du coeur peuvent transcender les blessures de l'enfance. Il suffit alors d'une écriture, celle d'un livre, d'une auteure, notre émotion qui vient à sa rencontre, pour rendre le ciel si bleu si calme.