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Cora dans la spirale

de Vincent Message , date de sortie le 20 août 2020
Cora Salme reprend son travail chez Borélia, une compagnie d'assurances, après la naissance de sa fille. Ayant renoncé à son rêve de devenir photographe, elle occupe un poste en marketing. Or la crise... Lire la suite

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La fiche détaillée

Résumé

Cora Salme reprend son travail chez Borélia, une compagnie d'assurances, après la naissance de sa fille. Ayant renoncé à son rêve de devenir photographe, elle occupe un poste en marketing. Or la crise financière de 2008 rattrape bientôt son entreprise. Prix Millepages 2019 (littérature française).

Caractéristiques

Titre Cora dans la spirale
Collection Points
Editeur Points
Date de parution 20 août 2020
Nombre de pages 552 pages
Dimensions 18,00 cm x 11,00 cm
Poids 262 g
Support Broché
ISBN / EAN 978-2-7578-8044-9 - 9782757880449

4,6/5

Bruidelo

Le 02/01/2020

«Je rêve d'un monde où on se raconterait des vies humaines les unes après les autres, avec assez de lenteur, d'incertitudes et de répétitions pour qu'elles acquièrent la force des mythes. Fidèle à l'utopie, je rêve d'une société où on aurait les moyens de faire ça, et où on n’aurait rien de plus urgent à faire.» Vincent Message nous raconte la vie de Cora Salme, pas mécontente de reprendre le boulot après son congé maternité, malgré tout l’émerveillement et le fabuleux amour, pas mécontente au fond de sortir des longues journées sédentaires à la fois vides et débordées. C’est aussi en 2010, après la crise de 2008 donc, que s’ouvre cette phase dévastatrice de la vie de Cora, où sans le savoir elle entre dans la spirale. A Borélia, la compagnie d’assurances pour laquelle elle travaille, on restructure, on optimise, on déménage à la Défense dans des open-spaces, on met la pression, on pousse brutalement vers la sortie les «poids morts», les «rather low potentials». Et aussi ceux qui, comme Édouard, restent trop humanistes pour ce monde de brutes, trop censés pour ce monde de fous. Vincent Message nous raconte la violence du monde de l’entreprise de façon très convaincante. Ça a été un soulagement ces derniers temps de voir la littérature française sortir un peu de ce nombrilisme fadasse où trop souvent elle s’engluait. Mais pour autant ça n’évitait pas toujours la platitude: ça restait chic d’ennuyer le lecteur, par trop vulgaire de chercher à le captiver. Ici l’auteur trouve le juste équilibre entre réalisme social et qualités romanesques d’une composition très maîtrisée et d’un personnage attachant qui rendent la narration efficace et la lecture prenante.

Fandol

Le 05/12/2019

Extraordinaire histoire, remarquablement menée ! Mathias en est le narrateur-enquêteur. Grâce aux trente carnets dans lesquels Cora notait ce qu’elle vivait, ressentait, subissait, il retrace son histoire, s’attachant à ses pas, passant sur les lieux où elle a vécu et travaillé, rencontrant celles et ceux qui l’ont connue. Tout cela est fait avec précision, tact et sensibilité grâce à la plume de Vincent Message. De la joie, des larmes, de l’indignation, je suis passé par beaucoup d’émotions tout au long de ma lecture mais j’ai surtout apprécié le tableau social que Cora dans la spirale m’a détaillé avec tellement de justesse. Mieux, l’auteur m’a fait vivre au plus près, au cœur même de ces entreprises qui démarrent sur des bases familiales grâce à des gens innovants et audacieux, un peu fortunés souvent. Puis, toujours avec les meilleurs arguments, elles passent de main en main, se regroupent avec d’autres, s’achètent, se revendent pour atteindre une taille inhumaine, idéale pour sabrer dans les effectifs, gaver les grands dirigeants et les actionnaires pour, au final, causer des dégâts considérables dans les vies ordinaires de celles et de ceux qui ne peuvent que subir. Malgré tout ce contexte social, la vie de Cora n’est pas glauque et sinistre. L’auteur, par l’intermédiaire de son narrateur, nous conte de très bons moments, de beaux voyages, de magnifiques scènes d’amour avec Pierre et Delphine… Ah, Delphine ! Elle fait partie de ces fameux consultants payés fort cher pour analyser les entreprises puis proposer des économies, des restructurations, causant de terribles dégâts humains. Sur un tout autre thème que Défaite des maîtres et possesseurs, Vincent Message démontre une fois de plus son immense talent d’écrivain. Son roman joue sur de nombreux registres aussi bien dans la famille que dans l’entreprise, jusqu’au double choc final, terrible, même si je me doutais que cette spirale ne pouvait que conduire à la catastrophe. Avant les retours en arrière indispensables, l’histoire avait débuté dans le métro – les transports en commun jouent un rôle important – avec Cora Salme qui a accouché de Manon, il y a trois mois. Elle retourne au boulot, chez Borélia, une grande compagnie d’assurances dont l’historique va suivre. Nous sommes à l’automne 2010. Paris devenant de plus en plus cher, avec Pierre Estérel, son mari, ils ont acheté une maison à Montreuil, ce qu’elle vit comme un déclassement. Professionnelle fiable et compétente, elle a un poste important au marketing mais elle rêvait de devenir photographe. Issue de Clermont-Ferrand, cette mutuelle d’assurances devenue Borélia, a installé son siège central dans une tour de La Défense, à Paris, où Cora découvre tous les charmes de l’espace ouvert, nommé, en français, open space… Elle se confronte surtout à son supérieur hiérarchique, Franck Tommaso que Mathias a rencontré aussi. Il faut lire Cora dans la spirale, roman captivant, bien documenté sur tous les points qu’il aborde, même lorsqu’il parle du pays Dogon, au Mali. C’est un roman profondément ancré dans la vie que nous impose notre époque. S’il parle aussi de peinture avec Claude Monet, Vincent Message permet de rencontrer Maouloun qui a fui la guerre au nord-Mali et demande l’asile dans notre pays. Il dessine gare Saint-Lazare et joue un rôle décisif dans la spirale qui s’enroule autour de Cora.

hcdahlem

Le 12/11/2019

Tous les visages de Cora Dire que le nouveau roman de Vincent Message a pour thème l’entreprise serait trop réducteur. À travers le portrait de Cora, il dessine aussi la complexité de la vie d’une femme d’aujourd’hui et détaille notre société. Brillant! C’est à la page 270 de ce somptueux roman que Vincent Message nous en livre la clé: «Je rêve d’un monde où on se raconterait les vies humaines les unes après les autres, avec assez de lenteur, d’incertitudes et de répétitions pour qu’elles acquièrent la force des mythes. Fidèle à l’utopie, je rêve d’une société où on aurait les moyens de faire ça, et où on n’aurait rien de plus urgent à faire. Mais je sais bien, en fait, qu’on ne sait pas qui a vécu sur terre. On ne connait pas les noms.» En suivant les méandres de ses personnages – et en particulier le parcours de Cora – il s’approche de cette ambition. Au fil des pages, d’une densité peu commune, on voit Cora de plus en plus nettement, comme si des jumelles que l’on règle jusqu’à voir une image parfaite. Côté famille, rien de particulier à signaler, si ce n’est l’usure du couple et la lassitude croissante, après la naissance de Manon, à trouver du temps pour elle et pour Pierre, son mari. Cora est davantage dans la gestion du stress, essayant de mener de front sa carrière chez Borélia, sa vie de famille et ses loisirs, la photographie et l’opéra. À l’image du monde dans lequel elle évolue, elle est constamment en mouvement, alors qu’elle aimerait avoir du temps pour réfléchir, pour comprendre. Par exemple comment la société d’assurances qui l’emploie, fondée par Georges Bories en 1947 sous le statut d’une mutuelle appelée Les Prévoyants et qu’il dirigera durant 32 ans avant de laisser les rênes à son fils Pascal, est aujourd’hui contrainte de restructurer. Pourquoi la gestion par croissance interne et le rachat au fil des ans de quelques petites mutuelles n’est aujourd’hui plus suffisante. Pourquoi, après le rachat de Castel, dont la culture d’entreprise est différente, il va falloir lancer le programme Optimo avec l’aide d’un cabinet-conseil et élaguer sévèrement les effectifs. Vincent Message a construit son roman avec virtuosité, convoquant un journaliste qui aimerait raconter la «vraie histoire» de Borélia afin de nous livrer un regard extérieur sur ce qui se trame et laissant ici et là des indices sur cet épisode dramatique que l’on découvrira en fin de lecture. D’ici là, le romancier nous aura entrainé sur bien des sentiers et nous aura offert quelques digressions propres à enrichir le récit – un séminaire en Afrique, une femme qui se jette sur les voies à la station Oberkampf, un rendez-vous manqué à l’opéra, une escapade à Fécamp, une autre dans les sous-sols de la capitale – sans que jamais la fluidité de la lecture en soit affectée. Les liaisons sont logiques, la phrase suit allègrement son cours tout en enrichissant constamment le récit, en complexifiant le portrait de Cora. Quand elle cède aux avances d’un chef de service sans vraiment le vouloir, puis quand elle se retrouve dans les bras de Delphine Cazères – engagée pour mettre en œuvre le plan Optimo – et découvre l’amour entre femmes. Sans oublier son engagement pour régulariser la situation de Maouloun, le réfugié de Tombouctou qui est venu à son secours après une chute à la Gare saint-Lazare. Oui, Cora Salme, née le 18 mai 1981, dans le XVe arrondissement de Paris est une femme d’aujourd’hui, confrontée à une société de la performance, à des enjeux qui la dépassent, à un avenir qui – contrairement à celui de ses parents – est pour le moins anxyogène. Et s’il fallait lire ce roman comme un constat. Celui qu’il est désormais envisageable que l’homme, à coups de «progrès», ne finisse par se détruire. Comme l’aurait dit Romain Gary, au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable.

Cacha

Le 28/10/2019

Cora, jeune femme ambitieuse qui souhaite mener de front carrière, amours et maternité, va être entrainée, comme le souligne si bien le titre, dans une spirale indicible. Nous découvrirons seulement à la fin quel est le narrateur de ce récit fictionnel retraçant les années les plus marquantes de la vie de cette humaine parmi les autres. L'auteur mêle les thèmes très actuels du harcèlement au travail, des migrants, de la place des femmes dans la société,... Ce roman m'a dérangée, sa lecture m'a hantée et j'avoue que j'ai eu du mal à apprécier vraiment le personnage principal (j'ai compris pourquoi au milieu de l'histoire), que j'ai trouvé assez égoïste. Mais il m'a aussi bouleversée et c'est pourquoi j'ai mis toutes ces étoiles, que j'attribue en général aux livres aptes à transformer ma vie. L'écriture est impeccable, par ailleurs.

Bazart

Le 20/10/2019

La fiction n'en finit plus en cette rentrée 2019 de nous donner des nouvelles du monde de l'entreprise et dans 99% des cas, elles ne sont guère reluisantes. Après avoir imaginé un monde où des extra-terrestres décident de coloniser la Terre- trame lamba de SF, dans Défaite des maitres et des professeurs ( notre critique) Vincent Message nous livre ainsi une plongée haletante et éprouvante dans le monde de l'entreprise un peu comme l'a fait récemment une formidable BD ou un non moins formidable film suisse. Très souvent, ces oeuvres stigmatisent l’hyper compétitivité du monde du travail, à la fois au niveau individuel (un employé par rapport aux autres) et collectif (la rentabilité d’une entreprise par rapport aux autres) qui entraine souvent la perte d'une partie de notre humanité. Le texte de Vincent Message, qui n'a jamais travaillé dans une telle société mais qui a énormément interrogé de personnes du milieu pour cimenter sa fiction, est très ancré dans le réel et sur les jeux de pouvoir à l'intérieur de ce monde de l'entreprise où les mots optimisation, restructuration, délocalisation ne font que broyer l'individu. Dans "Cora dans la spirale", on peut voir combien la situation que vit Cora employée dans une société d'assurances est à la fois banale et terrifiante . Si la description de cette descente aux enfers qu'on imagine inéluctable est racontée d'un oeil distancié, voire clinique, on aime l'empathie du romancier pour son perssonage principal qui tente de garder sa part d'humanité dans un système de management qui n'en possède aucunement. On est un peu comme en apnée devant la spirale du titre qui emporte une Cora qui n'en peut mais et qui tente en vain de se raccrocher à sa bouée familiale pour se protéger des flots professionnels qui la noient. "Ce que les gens possèdent, je ne sais pas vous, mais moi mon expérience, c’est que cela les rend fiers. Et les assurances servent à cela : à ce qu’ils soient certains que ce qu’ils acquièrent en travaillant parfois très dur, ils vont le garder pour de bon. Certains que s’ils le perdent, on les dédommagera. Que la propriété privée est une chose solide, parce que c’est un droit naturel, et je dirais presque un droit sacré. " Une lecture qui n'est évidemment pas un feel good movie, mais qui est assurément salutaire et essentielle pour comprendre notre société actuelle.