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Avant que j'oublie

de Anne Pauly , date de sortie le 22 août 2019
Il y a d'un côté le colosse unijambiste et alcoolique, et tout ce qui va avec : violence conjugale, comportement irrationnel, tragi-comédie du quotidien, un « gros déglingo », dit sa fille, un vrai punk... Lire la suite

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La fiche détaillée

Résumé

Il y a d'un côté le colosse unijambiste et alcoolique, et tout ce qui va avec : violence conjugale, comportement irrationnel, tragi-comédie du quotidien, un « gros déglingo », dit sa fille, un vrai punk avant l'heure. Il y a de l'autre le lecteur autodidacte de spiritualité orientale, à la sensibilité artistique empêchée, déposant chaque soir un tendre baiser sur le portrait pixellisé de feu son épouse. Mon père, dit sa fille, qu'elle seule semble voir sous les apparences du premier. Il y a enfin une maison, à Carrières-sous-Poissy, et un monde anciennement rural et ouvrier.

De cette maison il faut bien faire quelque chose, à la mort de ce père Janus. Capharnaüm invraisemblable, caverne d'Ali-Baba, la maison délabrée devient un réseau infini de signes et de souvenirs pour sa fille, la narratrice, qui décide de trier méthodiquement ses affaires. Et puis, un jour, comme venue du passé et parlant d'outre-tombe, une lettre arrive qui dit toute la vérité sur ce père aimé auquel, malgré la distance sociale, sa fille ressemble tant.

Caractéristiques

Titre Avant que j'oublie
Auteur Anne Pauly
Collection Chaoïd
Editeur Verdier
Date de parution 22 août 2019
Nombre de pages 137 pages
Dimensions 22,00 cm x 14,00 cm
Poids 202 g
Support Broché
ISBN / EAN 978-2-37856-029-4 - 9782378560294

4,3/5

Cannetille

Le 14/01/2020

La narratrice vient de perdre son père, décédé d’un cancer. Alors qu’elle range la maison désormais déserte mais encore imprégnée de la présence du vieil homme, elle se remémore sa personnalité atypique et complexe, qui fut si difficile à vivre pour ses proches. Alcoolique et violent, provocateur et insupportable, cet ours unijambiste cachait pourtant pudiquement une tendresse maladroite et une sensibilité artistique empêchée, que sa fille va s’attacher à retracer au travers des mille objets et souvenirs entassés dans sa tanière : une manière pour elle de faire petit à petit son deuil, en se réconciliant avec ce qu’il fut et ce qu’il lui a laissé. Ce roman aux sonorités autobiographiques est émouvant à plusieurs titres : c’est bien sûr le récit d’un deuil, d’une amputation affective avec laquelle il faut apprendre à vivre, mais c’est aussi la réhabilitation d’un père que l’auteur s’applique à révéler pour ce qu’il était vraiment, un long travail nécessaire à son apaisement, pour qu’enfin la réconciliation ait lieu et l’amour puisse retrouver sa place. Le langage employé évoque la vie de tous les jours, les mille détails absurdes, drôles ou tragiques, qui, bien au-delà du raccourci des apparences, nous font deviner les secrets parfois touchants d’un homme devenu hérisson, et que seule la fin de vie a rapproché de sa fille. La maladie, l’hôpital, la morgue, les pompes funèbres, l’office religieux et l’enterrement, puis le vide et les souvenirs, sont évoqués sur un ton doux-amer, qui oscille constamment entre le rire et les larmes, narrant avec justesse et sensibilité un cheminement douloureux et nécessaire pour le retour à la vie des survivants. Chacun pourra trouver une émotion à sa mesure dans ce récit intimiste à la portée pourtant universelle, où l’amour, trop pudique ou masqué par le quotidien, ne trouve à s’épanouir (ou pas) que lorsqu’il est bien (trop) tard.

Litteraflure

Le 13/11/2019

Voici un excellent premier roman. Comme souvent, c’est un premier roman autobiographique, chargé d’intimité, où l’émotion affleure. Mais à la différence de beaucoup de premiers romans, Anne Pauly n’a pas voulu « tout donner ». Sa sensibilité sert le récit, et non l’inverse. Le risque était pourtant grand car elle a choisi d’évoquer la disparition de son père. Anne Pauly danse avec sa mort dans une valse à trois temps : le décès, l’enterrement et le deuil. Ses descriptions de l’hôpital, de la morgue, des pompes funèbres, de la messe et de l’enterrement sont justes, parfois aigre douces. Tantôt elle pleure, tantôt elle rit jaune, découvre ses canines et mord. La lassitude du personnel hospitalier, l’hypocrisie des fêtes de famille, l’absurdité de la liturgie catholique, elle n’épargne rien ni personne, sans méchanceté mais avec un aplomb salvateur. On a tous perdu un proche et traversé des épreuves similaires. Anne Pauly nous rejoue ce requiem avec finesse et met des notes sur nos chagrins. Les pages consacrées au deuil sont magnifiques. Notamment quand elle fait l’inventaire des souvenirs ; l’être aimé parti, il se réincarne dans les objets qui lui ont appartenu (p100). Quand elle décide d’enregistrer les bruits de fond de la maison où il a vécu, le décor sonore de sa vie (p97) ; quelle merveilleuse idée ! Quand elle décrit les manies du défunt qui, pour préserver sa santé mentale, répertoriait des tas de trucs comme d’autres font des mots croisés ou du Sudoku, ou se refusait à jeter les choses parce qu’il avait l’impression de s’amputer un peu plus. Et puis, il y a Juliette, l’amie d’enfance. Ses paroles et ses lettres exposent la maladresse du père, son humour, son narcissisme, et cette pudeur mal placée qui l’empêcha de dire ouvertement à ses enfants qu’il les aimait à la folie. Ce serait un beau Goncourt des lycéens. Bilan : #127801;#127801;

latina

Le 11/11/2019

Chère Anne, ma très chère Anne, Permettez-moi que je vous appelle ainsi, parce qu'après ce que j'ai lu de vous, après ce témoignage poignant, je ne peux que vous considérer que comme une amie très chère. Vous avez vécu ce que d'autres avant vous ont vécu, ce que d'autres vivront et ce que moi je vivrai. Votre émotion, votre pudeur, vos mots percutants et si justes, si poétiques aussi, m'ont emmenée dans ces vertiges de l'émotion et j'ai pleuré, oui, j'ai pleuré. Vous commencez par raconter la mort de votre père et votre sidération. « Je m'étais retrouvée seule avec lui, mon macchabée, ma racaille unijambiste, mon roi misanthrope, mon vieux père carcasse, tandis qu'au-dehors tombait doucement la nuit ». Et là, je suis tombée dans le chagrin. Le décès est suivi de toutes les formalités, du choix du cercueil aux chants à l'église, et aux paroles prononcées lors de l'inhumation. Vous avez bien saisi toute l'inhumanité de cela, car la vie continue et est en hiatus avec l'abîme dans lequel vous êtes plongée. Et ce décalage effroyable, vous le racontez avec humour, ce qui permet de ne pas sombrer. Et puis vient ce temps du deuil où vous pensez sans cesse à votre père, mais aussi à votre enfance. Votre père n'était pas « une idole », comme dit le curé, il était violent avec votre mère, alcoolique. Votre frère et vous en avez souffert. Mais à l'heure de lui dire vraiment adieu, à l'heure de vider la maison, vous opérez un travail d'historienne de l'âme, vous voulez retrouver ce père tout entier, dans toute son ambiguïté, dans toutes ses failles et dans toute sa gloire intime. Les objets dont votre père s'entourait, ses petits objets du quotidien acquièrent pour vous une valeur sans nom. N'oublions surtout pas la lettre pleine d'humanité que vous envoie à cette époque l'amie d'enfance de votre papa. C'est important, l'enfance, même celle de ses parents, surtout celle de ses parents lorsqu'ils sont morts. Lentement, ce deuil vous enveloppe et vous déchire. « Ce qui me semblait le plus difficile, c'était de ne plus l'entendre du tout, de ne plus avoir de nouvelles de lui, et au début, machinalement, je regardais mon téléphone pour vérifier qu'il ne m'avait pas appelée, mais non ». Et doucement, j'avance avec vous. Je lis avec vous ce haïku choisi dans le recueil de votre père et je le murmure avec vous : « Je pense seulement À mes parents Crépuscule d'automne » Et enfin, j'écoute avec vous Céline Dion, « et puis là, sans prévenir, le refrain m'a sauté à la figure comme un animal enragé : 'Mais avant tout, je voudrais parler à mon père'. Dans mon coeur, ça a fait comme une déflagration et je me suis mise à sangloter sans pouvoir m'arrêter. Mes toutes dernières larmes sont sorties ce jour-là. J'avais enfin accepté ». Merci pour votre partage intense. Pour votre douleur. Et enfin pour votre apaisement, votre acceptation. Vos mots intimes sont universels et pour cela, vous m'avez aidée. Merci.

Cacha

Le 18/10/2019

J'ai eu du mal à démarrer cette lecture moderne, mais après... L'autrice raconte l'histoire d'un deuil, celui de son père, violent et ivrogne, mais pourtant plein de tendresse et d'attentions. Sa famille dysfonctionnelle est malgré tout heureuse. Le roman est centré sur la vie d'un homme qui n'est pas tout-à-fait celui qu'on pourrait croire, d'où la nécessité de ne pas se fier aux apparences ! D'ailleurs, je vous incite, lectrices et lecteurs, à ne pas vous attarder sur l'affreux bandeau de couverture mais à entre pleinement dans le bouquin. J'ai eu par moments un peu de mal à comprendre l'amour de cette fille pour ce père difficile mais le travail de deuil (travail dans son sens de douleur) est justement rendu. Anne Pauly passe par toutes les phases (abattement, colère, désespoir) avant - comme l'indique si bien le titre - d'arriver à oublier un peu cette disparition. L'attention aux petits signes (de l'au-delà ?) l'aidera beaucoup. J'ai trouvé la fin (contrairement au début) du récit magnifique et émouvante, comme la plus grande partie du roman.

hcdahlem

Le 09/10/2019

Avec la politesse du désespoir Pour son premier roman Anne Pauly s’est emparée d’un sujet difficile, la mort d’un père. Mais elle a réussi un hommage aussi drôle qu’émouvant, en mettant le doigt sur toutes ces petits détails absurdes et en trouvant pour cela une langue très originale. Dieu sait que ce père que la narratrice vient de perdre est vraiment loin d’avoir été parfait. Le «gros déglingo» comme elle l’appelait se laissait aller à la violence, n’hésitait pas à téter quelques bouteilles, à rouspéter après le personnel médical ou à se prendre à sa famille qui pourtant l’a accompagné durant ses dernières années, alors que la maladie gagnait du terrain et qu’il ne se déplaçait plus. Une rudesse un peu contrebalancée par une vie plus secrète, dont les objets qui entourent le défunt viennent témoigner, «des mots fléchés force 4, sa petite bible, un recueil de haïkus, son livre sur Gandhi». Une recherche de spiritualité dont on reparlera, car pour l’heure, il s’agit de «mettre de l’ordre» et de préparer les obsèques. Des obligations qui permettent aussi d’oublier son chagrin et de se concentrer sur des choses plus triviales comme le choix d’un cercueil, la rédaction de l’annonce mortuaire, l’envoi des faire-part et la préparation des obsèques avec le curé. Si ce roman sensible et émouvant est si réussi, c’est qu’il balance constamment entre le rire et les larmes, démontrant avec grâce que la politesse du désespoir permet de ne pas sombrer, que l’humour est une soupape vitale. Anne Pauly a aussi trouvé l’écriture qui se marie parfaitement à ce temps de crise, jouant beaucoup sur l’oralité, comme lorsque la narratrice accompagne son frère à l’entreprise de pompes funèbres: «du racket organisé, du délit d’initié, moi monsieur, je ne marche pas dans votre marge de malade et vos combines de merde, avait dit mon frère à monsieur Lecreux fils […] Au fond, j’étais d’accord avec lui sur l’obscénité de ce business de boîtes mais en ce moment difficile, ce n’était pas trop la peine de s’énerver parce qu’en réalité, la mort était déjà passée.» On peut aussi rapprocher cette manière de parler de la mort de ces haïkus qui plaisaient tant au père disparu. De courtes formules dont l’usage immodéré est aussi un hommage au disparu. Je ne résiste du reste pas au plaisir de vous en livrer quelques-unes ici. À la morgue: «Ses sourcils et ses cheveux brillaient dans la lumière, pleins de laque et de givre parce qu’il sortait d’un putain de congélo.» À la lecture de l’épître aux Corinthiens: «Petite, j’imaginais des types plutôt retors spécialisés dans le négoce de raisins secs.» ou encore lorsque la famille monte en voiture: «En parcourant les cinquante mètres qui séparaient le parking de la chambre funéraire, tous vêtus de noir, j’ai eu un bref instant l’impression qu’on allait braquer un casino.» Je n’oublierai pas non plus Céline Dion, invitée surprise venue à la rescousse et offrant «la catharsis par la pop-check.» Mais avant ces «toutes dernières larmes», on aura découvert les multiples facettes de la vie de cet homme qui donnent au fil du roman un portrait bien différent des premières pages avec – autre trouvaille de la romancière – une surprise de taille lorsque se manifeste une femme qui a bien connu cet homme. L’occasion d’une ultime pirouette qui prouve que fort souvent on se fait une idée fausse ou pour le moins partielle des gens. Une belle leçon d’humilité qui peut aussi être un manuel à l’usage de ceux qui vivent un deuil.