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La trêve

de Primo Levi , date de sortie le 01 octobre 1997
A la fin de la Seconde Guerre mondiale, un groupe d'Italiens, rescapés des camps nazis, entame une marche de plusieurs mois : «accompagnés» par l'Armée Rouge, ils cherchent à rejoindre leur terre natale.... Lire la suite

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La fiche détaillée

Résumé

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, un groupe d'Italiens, rescapés des camps nazis, entame une marche de plusieurs mois : «accompagnés» par l'Armée Rouge, ils cherchent à rejoindre leur terre natale. Héros et traîtres, paysans et voleurs, savants et nomades se retrouvent pêle-mêle dans une réjouissante pagaille : autant d'hommes qui redécouvrent, émerveillés, la vie, le monde, la forêt, les filles, sans oublier l'art du trafic pour subsister...

La Trêve est le récit picaresque et authentique de leurs tribulations extravagantes sur les routes d'Europe centrale. A travers la confrontation de deux peuples, Primo Levi révèle les ressources merveilleuses d'hommes qui se montrèrent à la hauteur de leur destin.

La Trêve, Prix Campiello 1963, a été porté à l'écran par Francesco Rosi.

Caractéristiques

Titre La trêve
Auteur Primo Levi
Editeur Grasset
Date de parution 01 octobre 1997
Nombre de pages 246 pages
Dimensions 20,00 cm x 13,00 cm
Poids 224 g
Support Broché
ISBN / EAN 2-246-13883-3 - 9782246138839

5/5

majero

Le 27/03/2019

Janvier 45, parmi les rescapés d'Auschwitz libérés par les Russes, huit cents italiens rentrent au pays, une épopée de dix mois qui, sous la plume délicieuse, pleine de finesse et d'humour de Primo Levi, devient une suite d’anecdotes des plus cocasses, un récit jubilatoire, mais également instructif, passionnant! Au camp de transit polonais de Katowice avec son capitaine Egorov à l'accoutrement excentrique, 'Le Grec' lui apprend les trafics en tout genre. Un incompréhensible transport ferroviaire les ramène au nord, la Maison Rouge de Staryje Doroghi, la négociation des six assiettes contre la poule qu'ils n'arrivent pas à mimer, les invraisemblables spectacles de théâtre et cinéma, l'infirmière Irina distribuant parcimonieusement le savon à la file d'hommes nus à l'entrée du sauna, l'extraction du gigantesque maréchal Timochenko hors de sa fiat 500, ....

oblo

Le 25/01/2019

On avait quitté Primo Levi dans l'horreur finale de l'univers concentrationnaire : agglutiné avec de nombreux autres malades dans un baraquement ouvert à tous les vents, Levi avait vu les SS détaler devant l'avancée soviétique, laissant là ces hères squelettiques à la merci de l'hiver. Ainsi prenait fin, sans cérémonie ni happy end, une année dans un camp de la mort. D'ailleurs, hormis la présence allemande, rien n'avait vraiment pris fin : les prisonniers vivaient toujours dans des conditions sanitaires atroces, ils avaient toujours froid et faim, ils mourraient toujours, même si la maladie assumait seule cette charge, délaissée par l’œuvre inhumaine des chambres à gaz et des fours crématoires. Le titre, La trêve, évoque d'ailleurs très bien cette notion temporaire de l'arrêt des hostilités. Les Allemands reviendront-ils ? Quelle sera la conduite des Russes à l'égard des prisonniers hagards ? Dans ce matin de janvier 1945, alors que les prisonniers du camp de Buna voient les premiers êtres humains depuis un an (des soldats soviétiques), le jour est aussi brumeux que l'avenir. La trêve narre cette période incertaine du retour souhaité et finalement accordé en Italie. La guerre est finie (d'ailleurs, elle ne se termine qu'en mai) mais la paix du foyer n'est pas encore retrouvée. Les compagnons de Primo Levi ne sont plus des prisonniers, mais ils ne sont pas encore des hommes libres. Ils vont où les porte la nécessite et où leur enjoint d'aller le commandement soviétique. La trêve, c'est le retour à l'humanité : retour au foyer, à la famille, au pays, retour aussi à l'humanité profonde de ces hommes qui réapprennent à vivre, eux qui survivaient comme des bêtes. L'expérience concentrationnaire fut avant tout celle de la déshumanisation. A moins d'être comme ce Grec, Mordo Nahum, et de considérer que cette expérience ne fut que la preuve la plus tristement éclatante de l'horreur de l'humanité, cette expérience bouleverse et transforme, si elle ne tue pas. Au retour en Italie, Primo Levi évoque cette peur qu'il ressent de devoir à nouveau vivre, travailler, aimer, comme si rien ne s'était passé. Faire comme avant, pester contre les mille désagréments que peut offrir la vie, aimer et fonder un foyer, est-ce encore possible ? La trêve, c'est aussi neuf mois de voyage. A pied, en train, parfois même dans une charrette tractée par un cheval. La trêve, ce sont les paysages de Pologne (Cracovie, Katowice), d'Ukraine, de Biélorussie, de Roumanie, de Hongrie, d'Autriche, même d'Allemagne, et enfin d'Italie : les plaines infinies d'Ukraine, les marais du Pripet, les villes dévastées (Katowice, Vienne, Munich), les villages perdus et sans noms, les camps de fortune dressés par les Soviétiques pour accueillir ces populations en transit, et ces trains, bénis et maudits, sans toit pour protéger de la pluie, cédant la priorité aux marchandises et aux militaires, se traînant avec lenteur sur les voies ayant survécu aux passages des armées. Primo Levi reprend, pour La trêve, le même principe narratif qu'il avait adopté dans Si c'est un homme. Il s'agit d'une description minutieuse de tout ce qui a fondé, durant ces neuf mois, la vie quotidienne de ces Italiens, Grecs, Français, Hollandais, même Allemands ou Américains. Seulement ici pointe comme une note de nostalgie ; la période ne fut point heureuse (Primo Levi ne l'écrit pas) mais elle fut une parenthèse temporelle, unique dans la vie d'un homme. Primo Levi a appris, durant tous ces mois, sur une humanité instinctive, généreuse parfois, encore roublarde, cynique, détestable même (l'inique Rovi). La route de Primo Levi croise celle de personnages qu'on croirait fictionnels : le Grec (qui, par sa prestance et sa prétendue omniscience, rappelle Alexis Zorba), Cesare, Leonardo, et tant d'autres, depuis les infirmières russes et polonaises en passant par les militaires soviétiques, au comportement lunatique, et par les adolescents perdus, les femmes roumaines qui ne veulent plus quitter leur pays, et le petit Hurbinek, enfant sans parents ni paroles, mort à 3 ans dans le camp qui l'avait vu naître. La progression vers l'humanité n'est toutefois pas linéaire. Tout comme le voyage, elle s'interrompt parfois ou paraît régresser. Ainsi la nourriture est-elle distribuée parfois avec abondance, parfois avec parcimonie. La débrouille fait alors le reste : achat aux paysans, troc, vol ou arnaque (ainsi l'anneau de laiton vendu pour de l'or à des paysans ukrainiens). Tout manque, mais tout se trouve, à condition d'agir : plus qu'ailleurs, la société de ces ex-prisonniers des camps trouve à chacun une place bien définie : tel est docteur, tel autre pharmacien ou infirmier (ainsi Primo Levi), tel autre cuisinier ou commerçant. Malgré ce retour aux occupations humaines, il n'en reste pas moins que l'expérience de guerre demeure traumatisante. Celle-ci n'est pourtant pas évoquée en tant que telle, probablement parce que ni Primo Levi, ni ses compagnons d'infortune, n'eurent l'occasion de le faire : les Russes se montrèrent trop inconstants tandis que les Allemands et les Autrichiens semblèrent abasourdis par la défaite et choqués par les destructions de leurs villes. Ainsi le traumatisme devait-il rester en mémoire, à vie : tout comme le numéro tatoué sur l'avant-bras, comme pour dire que la guerre, ainsi que le disait Mordo Nahum, n'est jamais finie : elle est éternelle.

Aelinel

Le 16/01/2017

C’est un ami passionné par Primo Levi qui m’a offert ce livre. Il m’avait déjà conseillé au préalable, un autre de ses ouvrages les plus connus, Si c’est un homme. Je l’avais débuté mais je l’avais laissé inachevé. En 1943, Primo Levi est arrêté par la milice fasciste pour des faits de résistance, dans le Val d’Aoste. Reconnu Juif italien, il sera détenu au camp de Fossoli, près de Modène avant d’être déporté au camp d’Auschwitz, en Pologne, à partir de février 1944, puis à Monowitz, un camp auxiliaire du premier. Son livre, Si c’est un homme rapporte les évènements liés à sa détention jusqu’à sa libération du camp par les Russes, en janvier 1945. La Trêve est donc la suite et raconte les longues pérégrinations de Primo Levi, à travers l’Europe avant son retour, à Turin, seulement en octobre 1945. Avoir lu la Trêve après Si c’est un Homme n’est donc pas très logique car les faits se déroulent chronologiquement après. Cela ne m’a, néanmoins, pas gêné outre mesure car j’avais déjà lu des témoignages sur les conditions de détention dans des camps de concentration. En revanche, je ne connaissais strictement rien sur les conditions de retour des survivants. Primo Levi a écrit La Trêve des années après son retour, en 1961-1962. Il possède donc une certaine distance par rapport aux évènements qui se sont déroulés, dix-sept ans plus tôt. Mais, je dois dire que j’ai adoré son style d’écriture d’une grande finesse : sa plume est constamment teintée d’humour et d’ironie. Il a le don de croquer ses compagnons de route en les rendant tantôt attachants, tantôt détestables mais toujours aussi profondément humains. Le témoignage de l’auteur est également très émouvant : en tant que lectrice, je n’ai pu m’empêcher de ressentir de l’empathie pour le narrateur, au travers des épreuves qu’il a dû surmonter pour enfin retourner en Italie. Mais, je dois bien avouer que le récit de Primo Levi m’a aussi fait sourire de nombreuses fois car l’auteur n’hésite pas non plus à s’accorder la part belle. En effet, s’il apparaît honnête et intègre au regard de ses camarades, ces derniers peu scrupuleux mais débrouillards, sont beaucoup plus versés dans les combines de vol ou d’escroquerie pour survivre. Je pense ainsi au Grec, Mordo Nahum ou son compatriote Cesare. En conclusion, La Trêve de Primo Levi est un récit aussi poignant que teinté d’humour. Il est intéressant dans le sens où peu de témoignage sur cette période ne relate les difficiles conditions de retour des survivants dans leur pays d’origine. La plupart s’achève avec la libération des camps comme son ouvrage précédent, Si c’est un homme. Ayant adoré le style d’écriture de l’auteur, je n’hésiterai donc plus à me tourner vers son récit le plus fameux. Découvrez une chronique plus complète sur mon blog