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Le lance-pierres

de Ernst Jünger , date de sortie le 30 mai 2019
Ernst Jünger

Le lance-pierres

Ernst Jünger nous livre ici une nouvelle facette de son immense talent : le symbolisme de Sur les falaises de marbre, d'Héliopolis et des Abeilles de... Lire la suite

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La fiche détaillée

Résumé

Ernst Jünger

Le lance-pierres

Ernst Jünger nous livre ici une nouvelle facette de son immense talent : le symbolisme de Sur les falaises de marbre, d'Héliopolis et des Abeilles de verre a cédé la place à un récit empreint d'une prenante nostalgie. Dans Le lance-pierres, l'auteur a recréé l'Allemagne d'avant la guerre de 1914 dans une petite ville de garnison où le XIXe siècle n'en finit plus de mourir. Dans ce monde à la veille de s'écrouler, un enfant cherche le visage de celui qu'il sera demain.

Dès les premières pages, le lecteur se sent transporté dans le monde de l'enfance, d'une enfance mélancolique et inquiète. Pour le jeune Clamor Ebling, l'école, la pension, la ville elle-même, avec ses venelles et les secrets de ses jardins, deviendront les lieux de perpétuels combats contre la brutalité et l'absurdité d'un univers dont les clés lui échappent encore.

Caractéristiques

Titre Le lance-pierres
Auteur Ernst Jünger
Traducteur Henri Plard
Collection L'imaginaire
Editeur Gallimard
Date de parution 30 mai 2019
Nombre de pages 331 pages
Dimensions 19,00 cm x 13,00 cm
Poids 326 g
Support Broché
ISBN / EAN 978-2-07-285257-2 - 9782072852572

3/5

Corboland78

Le 17/06/2019

Ernst Jünger, né et mort à Heidelberg (1895-1998), est un écrivain et essayiste allemand. Il se porte volontaire lors de la Première Guerre mondiale, puis entreprend des études de sciences naturelles et de philosophie jusqu'en 1925. Bien qu’officier de la Wehrmacht, il ne cautionne pas les théories du national-socialisme. Après avoir effectué de nombreux voyages en Asie, en Afrique et aux Etats-Unis, il s'installe dans un petit village du pays de Souabe où il s'est éteint à l'âge de 102 ans. Son roman, Le Lance-pierres, qui date de 1973 vient d’être réédité. Un petit village d’Allemagne durant les premières années du XXe siècle, avant la Grande Guerre. Clamor Ebling, gamin héros du roman, se retrouve orphelin après le décès de son père, meunier. Poussé par le pasteur du village, l’enfant est envoyé à la ville pour suivre des études au lycée. Logé chez un professeur qui tient une pension et par ailleurs frère du pasteur, Clamor partage sa chambre avec deux autres « pays », Théo le fils du pasteur et Buz, le fils du maire de leur village. Immédiatement Théo s’avère le leader du trio : plus âgé que les deux autres, instruit et intelligent, c’est un meneur naturel, toujours dans le calcul, « un impatient, ce qu’il désirait, il le lui fallait tout de suite, et ce qu’il y avait de mieux. » Manipulateur, il épie ou fait épier tel ou tel pour recueillir les renseignements qui lui permettront de mener sa barque à sa guise, proche du chantage parfois. Buz, lui, c’est le campagnard, lourdaud, l’homme de main par excellence. Quant à Clamor, comme un poussin tombé du nid, toujours sous le joug d’une angoisse permanente, il découvre un monde qu’il n’imaginait même pas et des gens qui agissent sans qu’il en comprenne toujours les raisons ou le sens. Théo va faire l’éducation de Clamor, « tu es trop craintif, tu te laisses faire trop facilement. Nous allons gommer ces défauts. » Il en passera par une sorte de bizutage, poussant l’enfant à faire des choses dont il n’aurait jamais eu l’idée tout seul. Roman initiatique, Théo trouble la conception du bien et du mal pour Clamor et l’incitera à commettre, à l’insu de son plein gré ( !), un acte lourd de conséquences, « on ne pouvait même pas parler de mauvaises influences auxquelles il aurait succombé, mais bien plutôt d’une étonnante ignorance du monde et des règles qui en régissent le jeu. » Pour le fond réel du roman, l’écrivain s’attache plus particulièrement à jouer sur l’ambigüité ou l’ambivalence. Théo c’est l’exact contraire de Clamor, à tout point de vue. Opposition identique entre les deux frères, le pasteur et le professeur, deux caractères bien différents. Et ces extrêmes sont multipliés à travers d’autres personnages ou situations tout au long du récit. On notera aussi la trace diaphane d’une certaine perversité, ou de faits plus ou moins louches, une homosexualité et du sexe en filigrane, « le problème de l’élève favori, dont les dangers intérieurs se transmettent à son maître. Tout cela aboutit aux mystères d’une complicité secrète, souvent nuancée d’érotisme. » Enfin, j’ai bien ri une courte seconde, quand l’écrivain introduit une brève scène avec la fameuse « pelle à caca » (p. 181) vue dans le film de Pascal Thomas, Les Zozos en 1973. Coïncidence de dates pour le film et le livre ? Un bien bon roman donc, fort bien écrit, dans cette langue qui n’existe plus que dans les textes des écrivains aujourd’hui décédés.