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La part du fils

de Jean-Luc Coatalem , date de sortie le 21 août 2019
Longtemps, je ne sus quasiment rien de Paol hormis ces quelques bribes arrachées.

« Sous le régime de Vichy, une lettre de dénonciation aura suffi. Début septembre 1943, Paol, un ex-offici... Lire la suite
 

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La fiche détaillée

Résumé

Longtemps, je ne sus quasiment rien de Paol hormis ces quelques bribes arrachées.

« Sous le régime de Vichy, une lettre de dénonciation aura suffi. Début septembre 1943, Paol, un ex-officier colonial, est arrêté par la Gestapo dans un village du Finistère. Motif : "inconnu" . Il sera conduit à la prison de Brest, incarcéré avec les "terroristes", interrogé. Puis ce sera l'engrenage des camps nazis, en France et en Allemagne. Rien ne pourra l'en faire revenir. Un silence pèsera longtemps sur la famille. Dans ce pays de vents et de landes, on ne parle pas du malheur.

Des années après, j'irai, moi, à la recherche de cet homme qui fut mon grand-père. Comme à sa rencontre. Et ce que je ne trouverai pas, de la bouche des derniers témoins ou dans les registres des archives, je l'inventerai. Pour qu'il revive. »

J.-L.C.

Le grand livre que Jean-Luc Coatalem portait en lui.

Caractéristiques

Titre La part du fils
Collection Bleue
Editeur Stock
Date de parution 21 août 2019
Nombre de pages 261 pages
Dimensions 22,00 cm x 14,00 cm
Poids 355 g
Support Broché sous jaquette
ISBN / EAN 978-2-234-07719-5 - 9782234077195

4,3/5

berni_29

Le 27/02/2020

La part du fils est pour moi un roman magnifique de Jean-Luc Coatalem, éblouissant, douloureux aussi. Forcément émouvant parce que cela a aussi réveillé des pans de mon histoire familiale... Nous sommes sous le régime de Vichy. Début septembre 1943, Paol, un ex-officier colonial, est arrêté par la Gestapo dans un village du Finistère. Motif : "inconnu”. Il semble avoir été dénoncé. Il sera conduit à la prison de Brest, la prison de Pontaniou, puis ce sera l'engrenage vers les camps nazis, en France et en Allemagne, Buchenwald, Dora, puis Bergen-Belsem. Rien ne pourra l'en faire revenir. Il mourra là-bas. De cela, un silence pèsera longtemps sur la famille... Ce livre ressemble à une sorte d'enquête sur l'histoire du grand-père de l'auteur, Paol. L'auteur revient sur les pas de ce grand-père qu'il n'a pas connu. Le narrateur du livre est bien l'auteur, il pèse ici un silence qui cache une douleur transmise d'une génération à une autre, sans que rien ne puisse la soulager. Pierre, fils cadet de Paol et père de l'auteur, demeure muré dans le silence. Jean-Luc Coatalem nous délivre ce roman avec une immense générosité. Oui c'est bien un roman et non une autobiographie, car l'auteur invente parfois, trébuchant sur les silences, les vides d'une histoire qu'il tente de reconstruire à rebours. Qu'importe si cela l'aide à mieux revenir à son grand-père, aux siens... Dans cette part du fils, je me suis demandé au travers de cette histoire, qui était le fils et quelle était sa part : Pierre, fils de Paol ou bien Jean-Luc, fils de Pierre. La part du fils, c'est sans doute la part que le père de l'auteur n'a pas tenue, ce que son père n'a pas fait pour chercher à comprendre... Mais Pierre fut aussi un jour un enfant et attendit impatiemment le retour de son père avec l'attente de cet enfant qu'on imagine... Je suis persuadé que, de cette souffrance muette, il s'est ensuite enfermé dans un silence proche du détachement... Forcément, habitant le Finistère depuis ma plus tendre enfance, ce livre était fait pour me happer. J'y ai reconnu tous les lieux qui sont cités. Cela ne suffisait pas bien entendu pour m'en faire un coup de coeur. Le coup de coeur est venu dans sa lecture et les choses qui sont venues après, ce retour d'une lecture comme le ressac de la mer, quelque chose qui vous ébranle un peu après... L'histoire de ma famille, aussi... Ce roman éveille et visite des lieux que je connais presque par coeur. La presqu'île de Crozon et son splendide littoral, Plomodiern, la mer d'Iroise, le goulet, mais aussi la ville de Brest et l'ancienne prison de Pontaniou évoquée dans ce récit... Je connais et j'adore cette ville, pour y avoir vécu mon existence d'étudiant. Habitant à quelques encablures, de l'autre côté de la rade, un pont me sépare d'elle. Je m'y rend encore presque tous les jours. L'auteur la décrit comme je voudrais qu'on en parle. Oui c'est vrai, cette ville est franchement laide, les façades des immeubles sont grises, hideuses, il se dégage une reconstruction un peu à la façon stalinienne, comme on le disait à l'époque. Et pourtant, et peut-être pour toutes ces raisons aussi, cette ville cache une âme secrète. Chaque pas dans ses rues me fait dire que cette ville d'allure froide et humide recèle des endroits infiniment généreux. La part du fils, c'est tenter de tourner les pages d'un album de famille, c'est effleurer des existences, des visages, des émotions. C'est remuer la poussière du temps. Savoir pourquoi... Savoir qui... Les recherches du narrateur sont vaines au début. C'est un travail de mémoire. C'est son héritage. Cette histoire, l'auteur en devient peu à peu le gardien et le passeur. C'est aussi le sentiment d'un malaise qui étreint l'auteur et nous étreint aussi. Parce que son père ne veut pas s'en remettre à ce devoir de mémoire, ne comprend pas son fils qui cherche à savoir, à comprendre... L'auteur se heurte au silence de sa famille. C'est un sentiment douloureux. Les fantômes du passé reviennent avec le vent du large, le ressac de la mer. La mer d'Iroise et son encre étale, entre chien et loup. Brest, ville détruite d'où a surgi plus tard la vie, d'autres vies. Je me souviens que mon père, résistant, était présent sous les bombardements américains qui ont détruit la ville. Il s'est tu, n'a jamais voulu me raconter ce qu'il a vécu... Brest, les rues mouillées de pluie et de mélancolie. Brest, lorsqu'on y parvient en train c'est le terminus, le bout du monde. Pour l'auteur, c'est une forme de terminus intime lorsqu'il revient sur les pas de son enfance... Brest, ville terminus, j'imagine ce train en 1943 qui partit d'ici, traversa la France, traversa la nuit, les nuits, avec ses wagons plombés, jusqu'au camp de Bergen-Belsem où mourut Paol. Je vais souvent dans ce quartier de Brest ou fut enfermé le grand-père de l'auteur, puisque la nouvelle médiathèque est à deux pas de là construite dans les anciens ateliers de la Navale ; c'est ici que je vais chercher parfois les livres dont j'aime à vous parler. Je longe la rue au-dessous de l'ancienne prison de Pontaniou et de ses façades lépreuses. Sur le mur de la rue il y a cette plaque commémorative « Ce lieu fut le dernier séjour après tant de souffrance d'hommes entraînés par la guerre vers leurs tragique destin. » J'ai du mal à imaginer que Brest que j'aime fut l'antichambre de l'horreur et de la mort. La part du fils, c'est aussi pour moi la part d'une sœur, l'une de mes sœurs, ma sœur ainée... La part de cette sœur dont j'ai reconnu dans ce récit une part de son histoire, celle d'où elle vient, sa naissance, en quelque sorte... Elle est née d'une histoire d'amour entre ma mère et un jeune résistant, qui malheureusement fut fusillé par la Gestapo trois jours avant sa naissance... Lui aussi avait été dénoncé comme deux autres de ses camarades... Ma mère se maria en 1947 avec celui qui devint mon père. Ma sœur appris brutalement cette histoire à l'âge de onze ans. Elle porta cela comme un fardeau... Nous autres l'apprîmes bien plus tard... Ma mère s'était murée depuis longtemps dans le présent, ignorant ce passé qui pourtant lui avait fait connaître son premier amour. Elle est décédée il y a deux ans et ma sœur ainée, à son grand désespoir, jusqu'à l'ultime moment de son existence, jusqu'à son lit de mort, n'a jamais pu faire s'exprimer avec intimité notre mère sur cette épisode de sa vie... Ma sœur, tout comme l'auteur, a dû faire sa propre enquête toute seule, au prix de larmes et de joies... Les guerres sont cruelles, tuant des gens sur place et continuant de détruire plus tard des familles, avec les secrets immenses, souterrains, creusant des zones telluriques à venir...

Annette55

Le 25/01/2020

«  Écrire comme un travail de deuil.Une effraction et une floraison . Une respiration entre deux apnées . » Extrait significatif de cette quête - enquête sur la disparition d’un grand- père ,Paol, mort en déportation pendant la deuxième guerre mondiale. J’avais lu en 2013 «  Nouilles froides à Pyongyang » Je redécouvre l’auteur qui , avec ténacité ,courage , magie de l’écriture , revient sur les pas de son grand- père et dénoue une histoire familiale , ancrée en Bretagne et en Indochine . Jean- Luc fait revivre la mémoire de cet homme oublié , une figure tutélaire dont personne ne parlait jamais dans un dialogue singulier avec lui. : «  Je ne l’ai pas connu , un inconnu familier disparu trop tôt et mal .. » Il veut savoir. comprendre . ....cherche le chemin de la vérité, Septembre 1943 , sous le régime de Vichy , Paol, ancien officier colonial qui a survécu au carnage de la Première guerre mondiale ,a travaillé dans une imprimerie et une usine de construction . Installé dans un petit village du Finistère il est arrêté par la Gestapo , une lettre de dénonciation a tout déclenché ..... L’auteur met ses pas minutieusement dans les pas de Paol, , fouille les archives régionales , triture des dossiers poussiéreux , quête des informations oubliées , sillonne les rues de Brest et les prisons, se rend partout dans les zones de transit,, les camps de concentration de Buchenwald - Dora et Bergen Belsen où Paol est mort, bravant les silences de son père, muré dans sa souffrance qui n’approuvait pas ce creusement de l’histoire familiale . Dans ce pays de vents et de landes, on ne parle pas ....du malheur..... Un texte fort et émouvant ,à la fois intime et universel , mêlant fiction et faits réels , aussi vibrant que digne ! La littérature sert aussi à ça : «  Et ce que je ne trouverai pas de la bouche des deniers témoins ou dans les registres des archives , je l’inventerai.Pour qu’il REVIVE » .

FleurDuBien

Le 15/11/2019

Que dire après une telle lecture ? Sublime, magnifique livre, un trésor. La part du fils, c'est déjà un style, ce style poétique, grandissant, assourdissant, d'une beauté sans nom. Coatalem a écrit avec son sang, avec son coeur, avec son passé, celui de son grand-père Paol. De lui, on n'en parle pas dans la famille, les taiseux ne deviendront pas des bavards éclaircissants l'obscurité pesante et moribonde. Nous sommes en Bretagne, près de Brest, et de la presqu'île de Crozon. Le père de l'auteur, le fils du grand-père, Pierre, ne veut pas en entendre parler et a verrouillé son coeur à double tour. L'auteur veut de toutes ses forces revenir à cette période troublée de la seconde guerre mondiale, et plus précisément les camps de déportés, où, il le sait, son grand-père y est décédé. Pour l'auteur, qui se sent étrangement incomplet, de cette incomplètude qui vous ronge et qui vous taraude, il est très important de revenir sur le passé, pour se sentir enfin entier, nouveau, apaisé. Et complet. Il est question du parcours de Paol, de l'Indochine ensoleillée et magnifique, période faste et lumineuse de sa vie, jusqu'à sa Bretagne adorée. Il sera d'ailleurs nostalgique de Saigon et de l'Afrique du Nord. Comme mon père. Et comme ma chère Duras, contrées étonnantes et magiques. Je comprends mieux mon enthousiasme et ma peine, ma sensibilité mise à lourde épreuve durant ma lecture de ce paradis. le choix du livre, de ce livre, ne s'est pas fait par hasard. Merci à l'inconscient. Alors, l'auteur fait le voyage à l'envers, comme un pèlerinage, obstiné, rageur, et surtout courageux, si courageux. Il aime passionnément son grand-père, alors qu'il ne l'a pas connu, mais qu'importe, il ira jusqu'au bout, jusqu'en Allemagne dans l'ancien camp de Dora où son grand-père est mort, déporté sans retour, comme des millions. Un passage très touchant, quand il fait en rêvant, le trajet avec son père, le breton taiseux qui n'en parle jamais, de son père, de cette guerre tragique et atroce. Cet aïeul tant aimé, il va aller chercher son histoire, loin, si loin, si difficilement. Mais si profondement. Il rapportera, moment sublime, une pierre ( Pierre ?) d'un des souterrains du camp afin de la déposer en Bretagne, comme un talisman, une urne funéraire, un symbole ultime de la course effrénée qu'il nous offre, å nous, enfants gâtés que nous sommes. Car il s'agit bien d'un cadeau que l'auteur nous fait. Depuis quelque temps, je renacle à lire, tous les ouvrages commencés ne me satisfont pas, étrange période d'insatisfaction littéraire. Avec ce livre, j'ai renoué ce lien presque viscéral du bonheur de la lecture et je voulais en remercier l'auteur. Si je voulais jouer à l'enfant gâtée encore une fois, je dirai que je regrette que ce livre ne comportent aucune photo. Alors oui, c'est d'abord un roman, comme il le dit si bien l'auteur :"Et ce que je ne trouverai pas, de la bouche des derniers témoins ou dans les registres des archives, je l'inventerai. Pour qu'il revive". Grâce à la part du fils, cette part qui a porté Jean-Luc Coatalem, qui a eu le courage et la ténacité de revenir placer ses pas dans ceux de Paol, c'est chose faite. Magnifiquement.

SeriallectriceSV

Le 04/11/2019

De la Bretagne à la Grande-Bretagne, d'un continent, d'un océan à un autre, d'une île à une autre, d'un département à un autre, de la petite histoire à la grande Histoire, d'une époque à une autre, d'un conflit à une autre guerre, d'une génération à l'autre, d'une génération sur l'autre, J.L.C. nous embarque dans son récit, son histoire, son drame, à vif, qu'il ira chercher parmi les ombres. C'est un lourd et immense dossier qu'il nous dévoile, qui se construit sous nos yeux et qui, nous happe. Il se glisse effectivement parmi les ombres, et avec talent. Il part sur les traces de son grand-père, « un inconnu familier, disparu trop tôt et mal », « [avalé] par les geôles, les camps...», « un frère perdu que seuls des mots exacts peuvent ranimer. » Il écrit pour « lui rendre ses contours et son allure », pour « comme ces gravures médiévales où la mort danse avec le vif, entrer à [son] tour dans la ronde...». Je me souviens d'un passage somptueusement bien écrit, vrai, dur, sur les tranchées, à couper le souffle, à ébranler l'âme. D'autres relatant avec précision et exactitude, l'organisation de la Résistance mise en place pour faire face aux Boches, en France et en Angleterre. Des paysages bretons décrits avec sensibilité, délicatesse et émotion, la brise marine enivrante et la roche dentelée, et nous...lecteurs, spectateurs de ce paysage escarpé, de ce récit tout aussi escarpé, escamoté qui nous emmène sur les traces de Paol, ce grand-père disparu... Paol est l'histoire de J.L.C., elle est aussi celle de sa famille. Son oncle Ronan, le "free frenchie londonien", au regard droit, altier et rageur. « Comme ceux qui avaient connu les sables et les rizières, les geôles, la clandestinité et les services secrets, Ronan ne s'exprimait guère, ce qu'il avait vécu dépassait le vocabulaire commun. La guerre avait été son métier, le silence un sacerdoce, il avait été là où la Légion combattait . « Un mépris absolu du danger », précisait son matricule. [...] Aujourd'hui, même si les silhouettes s'estompent, que les enjeux se sont effacés, lorsque je me risque par ce même sentier qui s'entortille au-dessus de la grotte Absinthe et des anses discrètes, comment ne pas songer à lui ? Sculpté par le vent jusqu'à imiter un idéogramme, ce pin de Monterey qui défie l'à-pic de la falaise l'aura vu passer, si jeune, courant vers son destin...» Son père, Pierre, un aventurier au coeur lourd, dont l'auteur aurait espéré de l'aide, de l'empathie devant cet immense projet de reprendre la vie de son grand-père ... « [...] la vie d'un homme était celle de tous les hommes, et la peine d'un père, celle de tous ses fils. » « Cette histoire avait fini par sédimenter en lui, le silence était son deuil. Impossible d'approcher, de tourner autour, d'en parler de manière intelligible. Pierre coupait court, éludait, rechignait. Faisait barrage. [...] ce qui avait bouleversé mon père me faisait souffrir à mon tour, c'était devenu mon héritage, ma part [...] Ne rien tenter de savoir, n'était-ce pas les abandonner les uns et les autres, et me perdre à mon tour ? Au fond, à cause de ce manque, n'arriver jamais à me saisir en entier ? » « Pierre avait pris sur lui, petit garçon au chagrin vissé à l'intérieur qui avait dû grandir, il avait tenté de dépasser le vertige d'être à jamais un enfant sans père, un enfant de déporté, un orphelin qui attend, et il m'avait confié sans le vouloir le relais, le témoin comme on dit dans une course, moi-même plus insolé que les autres, d'un tempérament plus sensible ou plus fragile peut-être, tentant de m'en défaire, en raboutant ce qui ne passait pas...» Sa grand-mère, Jeanne, veuve de guerre à quarante-deux ans, « [une] beauté poussée au bord de l'abîme [...] elle semblait prise derrière ses yeux d'améthyste dans des rêveries dont nous n'évaluerions jamais ni les tourments ni les bornes. » Un scénario intelligent, un beau témoignage, un bel hommage. Un formidable, colossal et émouvant travail de mémoire. Quel voyage ! Haletant, vivant, troublant, percutant. Dans le carré final pour le Goncourt, bien mérité. Peut-être le futur Goncourt 2019 ? Merci Jean-Luc Coatalem, d'avoir écrit cette histoire, votre histoire. Elle est belle, elle est triste, mais elle est belle. J'ai découvert votre écriture avec "Nouilles froides à Pyongyang" que j'avais beaucoup apprécié; je l'ai savourée avec "La part du fils". Il y aura d'autres rendez-vous. MERCI.

montmartin

Le 02/11/2019

Paol est né à Brest en 1894. Il a épousé Jeanne et a eu trois enfants, Lucie, Ronan et Pierre le père du narrateur. Sous Vichy, une lettre de dénonciation a suffi, Paol a été arrêté par la Gestapo. On lui a retiré ses papiers, ses lacets, sa ceinture. Il est conduit à la prison de Brest, interrogé, puis transféré à Compiègne, un camp de transit où il est fiché et numérotisé, puis le voilà dans un wagon en partance pour les camps en Allemagne, direction Buchenwald. À l'église de Kergat, son nom est inscrit sur la liste des victimes de la guerre. Au cimetière, il est gravé en lettres dorées sur le caveau familial qui ne le contient pas. le narrateur décide de partir à la rencontre de Paol son grand-père, résistant, déporté politique, disparu en Allemagne. Jean-Luc Coatalem nous offre un récit très intime, celui de sa quête pour retrouver la trace de son grand-père disparu en Allemagne. «#8201;J'avais le sentiment d'être à ma place, en phase, cette quête n'était pas une simple recherche, mais bien un pan de ma vie vraie.#8201;» Contre l'avis de son propre père, Pierre qui ne s'est jamais remis du poids de cette absence, ne s'apitoyant jamais ni sur les autres ni sur lui-même, un taiseux qui a enfoui son drame et sa peine. Un deuil inachevé, le poids du silence. «#8201;J'étais-là pour l'accompagner à rebours, le tenir à bras-le-corps, lui rendre ses contours et son allure. Un petit-fils devenu archéologue.#8201;» Jean-Luc va donc fouiller les registres de la mairie, du département, de la préfecture, des services de police, à Paris, en Allemagne. Une quête pour retrouver n'importe quelle bribe sur un inconnu jeté au milieu de millier d'autres dans un convoi de la mort. Il manque presque toutes les pièces du puzzle, les témoins qui ne veulent pas parler ou qui ont disparu. Ce livre m'a intéressé bien au-delà de cette recherche familiale de l'auteur. Bien au-delà des portraits d'hommes qu'il dessine Paol, le grand-père, Pierre le père, Ronan l'oncle. Il aborde en effet lors de sa visite à Dora, " au pays des bourreaux ", le camp qui devait fournir douze mille missiles pour inverser le cours de la guerre, le sort des anciens criminels nazis. C'est dans ce camp comme dans d'autres que des prisonniers vont fournir une main-d'oeuvre gratuite et corvéable à merci, des esclaves pour la machinerie nazie sous la houlette de Wernher von Braun. Personnage trouble, devenu citoyen américain en 1955, avec ses équipes venues de l'ancienne Allemagne Hitlérienne il est le père de la fusée Saturne pilier de la conquête spatiale. Les premiers pas de l'homme sur la lune ont été faits en partie sur les cadavres de ces milliers de prisonniers. Ce qui relance le débat sur ces industriels qui ont bâti leur empire en profitant de cette main-d'oeuvre bon marché, renouvelable en permanence, les nouveaux débarqués des trains remplaçants les morts à l'infini. Terrible et glaçant. « N'en déplaise à von Braun et à son sourire triomphal, sa conquête des étoiles avait dû franchir d'abord la porte des enfers. Les prisonniers de Dora en firent les frais, Paol parmi eux. Comment l'oublier en regardant le ciel ? »