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Morphine

de Mikhaïl Afanassievitch Boulgakov , date de sortie le 31 mai 2012
Morphine

« Le 17 janvier.

Tempête, pas de consultation. Ai lu pendant mes heures d'abstinence un manuel de psychiatrie, il m'a produit une impression terrifiante. Je suis fichu, ... Lire la suite

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La fiche détaillée

Résumé

Morphine

« Le 17 janvier.

Tempête, pas de consultation. Ai lu pendant mes heures d'abstinence un manuel de psychiatrie, il m'a produit une impression terrifiante. Je suis fichu, plus d'espoir. J'ai peur du moindre bruit, je hais tout le monde quand je suis en phase d'abstinence. Les gens me font peur. En phase d'euphorie, je les aime tous, mais je préfère la solitude. »

Le journal halluciné d'une descente aux enfers, dans les affres du manque, aux limites de la folie, par l'auteur du Maître et Marguerite.

Caractéristiques

Titre Morphine
Traducteur Jean-Louis Chavarot
Collection Folio. 2 euros
Editeur Gallimard
Date de parution 31 mai 2012
Nombre de pages 85 pages
Dimensions 18,00 cm x 11,00 cm
Poids 65 g
Support Broché
ISBN / EAN 978-2-07-044524-0 - 9782070445240

4/5

Tatooa

Le 31/10/2018

Une novella quasi-autobiographique, à replacer dans son contexte historique et "local". Ces médecins de campagne en Russie étaient isolés, à la disposition de tous à toute heure, et devaient pratiquer tous les actes médicaux seuls (avec juste des "assistants"). Impossibilité d'être fatigué, de s'arrêter, d'être malade, même. Du coup, la douleur ressentie par Poliakov et à l'origine de sa dépendance devient "intolérable". Forcément. Et le soulagement de sa souffrance le prétexte (justifié, en fait) à commencer la prise de morphine. Le récit, autobio (sauf la fin), donc, est tellement réaliste qu'on est pris dedans. La descente aux enfers du Dr Poliakov, aka Boulgakov lui-même, nous entraîne à ses côtés avec tous les mensonges et les histoires qu'il se raconte pour ne pas regarder les choses en face, comment il en vient à voler, tout en se justifiant toujours et encore. (Cf la citation que je viens de mettre). Le morphino-dépendant devient un cadavre ambulant qui ne pense plus qu'à se procurer sa drogue par tous les moyens. Les citations du "journal de Poliakov" sont à n'en pas douter des citations du propre journal de Boulgakov, et la censure étant passée par là, les "pages arrachées" l'ont sans doute été réellement par la censure russe. Boulgakov s'en sortira, contrairement à son "héros" Poliakov, grâce au soutien énergique de sa femme, après un an de lutte. C'est magnifiquement écrit, avec une grande sensibilité, un peu trop court à mon goût. Je ne connaissais pas l'auteur mais ça m'a donné envie d'en connaître plus...

michfred

Le 29/10/2015

Parfois insérée dans les Carnets d'un jeune médecin, Morphine est une nouvelle quasiment autobiographique de Bougakov- à l'exception de la mort du héros, tragique et inéluctable, qui n'a heureusement pas été celle de l'écrivain. Comme souvent quand Boulgakov souhaite relater quelque chose de compromettant et de personnel, il se sert du procédé littéraire de l'insertion du journal intime dans le récit. La "mise en abyme" de ce récit dans le récit se fait ici au propre et au figuré, car il s'agit aussi d'une vraie descente en enfer.Dans les abîmes trompeurs et dévorants de la morphine. Le docteur Bomgard , en pleine guerre et troubles révolutionnaires , est transféré d'un district perdu au milieu des neiges et de sombres forêts nommé Gorielevo à un chef-lieu de canton, puis, enfin, à son grand soulagement, à Moscou! En 1918, il est remplacé dans son trou perdu par un obscur docteur Poliakov, un ancien collègue de faculté, apparemment gravement malade, et qui sollicite de toute urgence, par lettre, son aide comme un dernier recours. Tout à l' euphorie égoïste de sa nouvelle nomination, Bomgard diffère sa réponse à la confuse missive de son jeune collègue et est réveillé par l'annonce de son suicide. On lui fait parvenir le journal intime dudit Poliakov et il découvre la maladie de Poliakov: il est morphinomane, et a confié à son journal l'histoire rapide, brutale, terrible de son addiction. Très vite, le lecteur est lui aussi "addict" à ce récit cru, intime, sans concession, tellement criant de vérité qu'on ne doute pas un seul instant que tous ces paravents, Bomgard, Poliakov, cachent un seul et même médecin: Boulgakov lui-même, qui" tue" en le racontant, le médecin malade qu'il a été avant de devenir l'écrivain génial, ironique, puissant et courageux, auteur de Coeur de Chien, la Garde Blanche et Le Maître et Marguerite. Boulgakov a tenu à publier ce récit difficile, l'a remanié plusieurs fois: cet acte de mort- et de renaissance- sonne avec un tel accent de vérité qu'on en reste abasourdi. "Bref, l'être humain n'existe plus," note Poliakov dans son journal. "Il est hors circuit. C'est un cadavre qui s'agite, languit, souffre. Qui ne veut rien, ne pense à rien, sauf à la morphine. De la morphine!" On mesure l'incroyable effort qu'il lui a fallu pour s'arracher aux bras de Sister Morphine, pour mettre à distance ce personnage dévoré, hanté, blessé qui ne pouvait plus rien faire d'autre que penser à sa piqûre. Et pour enfin retrouver l'élan créatif, le désir vital à travers le miracle de l'écriture et la pratique de l'ironie. Une longue nouvelle poignante et sidérante, qui m'a donné envie de relire tous les autres romans du maître, échappé par la force de sa volonté et celle de sa famille à cette "diablerie" d'un nouveau genre..