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La recherche de la langue parfaite dans la culture européenne

de Umberto Eco , date de sortie le 24 octobre 1997
Des tentatives multiples de retrouver une langue originelle ont été menées par quelques-unes des personnalités les plus marquantes de la culture européenne. Bien que ces utopies ne se soient pas... Lire la suite

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La fiche détaillée

Résumé

Des tentatives multiples de retrouver une langue originelle ont été menées par quelques-unes des personnalités les plus marquantes de la culture européenne. Bien que ces utopies ne se soient pas réalisées, chacune d'entre elles a produit des effets collatéraux qui sont analysés ici.

Caractéristiques

Titre La recherche de la langue parfaite dans la culture européenne
Auteur Umberto Eco
Traducteur Jean-Paul Manganaro
Collection Points. Essais
Editeur Seuil
Date de parution 24 octobre 1997
Nombre de pages 436 pages
Dimensions 18,00 cm x 11,00 cm
Poids 220 g
Support Broché
ISBN / EAN 2-02-031468-1 - 9782020314688

3,5/5

Enroute

Le 28/03/2018

D'abord inspiré par le mythe de Babel, on a cherché à retrouver la langue originelle : n'était-ce pas l'hébreu ? Et puis le Moyen Âge oublie son existence. Alors naît la Kabbale : par des combinatoires, on tente de retrouver le sens véritable du Pentateuque. Isidore de Séville invente des étymologies fantaisistes. Dante essaie ensuite de deviner quelle langue parlait Adam. Ramon Llull, depuis Majorque, tente par un nouvel art combinatoire de réunir les trois religions du livres. Nicolas de Cuse puis Guillaume Postel reprennent l'idée de l'art combinatoire, dans des versions non moins délirantes ; et toujours sans succès. Au XVIIème siècle fleurissent les idées sur les langues, tout le monde donne son opinion : Hobbes, Locke, Leibniz, Spinoza, Vico, Descartes. Mais même Leibniz pense que la langue d'Adam est irrécupérable et Descartes qu'il est illusoire de créer une langue universelle. Mersenne s'amuse à calculer combien d'énoncés vrai ou faux on pourrait créer avec un alphabet limité. le chiffre est très grand. On fait alors des hypothèses nationales : aux "Pays-Bas", en Suède, en Bretagne (la petite et la Grande), en Irlande, en "Allemagne", on se persuade que la langue nationale est la première de toutes. On pense aussi à des langues magiques, comme les membres de la confrérire de la Rose-Croix. Un symbole permettrait de créer tous les énoncés énonçables sur le monde. Malgré tout cela, Bacon y croit dur comme fer et suggère une thérapie des langues, pour les débarrasser de leur confusion. Il lance une tradition britannique de la recherche de la lanque universelle. Wilkins, Dalgarno, Lodwick rédige des taxinomies linguistiques qui confondent classification et définition. Elles restent inachevées. Comenius, de Bohème, propose la Panglossie. Leibniz applique les mathématiques et ouvre la voie vers le calcul binaire. Mais pas vers celle d'une langue parfaite. Aux XVIIIème et XIX siècles, d'une part est fondée la philologie et d'autre part, les projets s'enchaînent, et de partout. On propose comme langage de signes la musique, le Solrésol, les nombres, le français (ben tiens), etc. Boole échoue encore mais crée sa logique en recherchant les lois de la pensée, Wittgenstein, Carnap et Russell souhaitent comme Bacon, un épurement de la langue. Pendant ce temps, on tente de mettre au point des grammaires universelles : soit on compare les langues pour en extraire les principes ; soit on prend un langue et on cherche à l'épurer. C'est ce que propose la Grammaire de Port-Royal. Condillac, Condorcet, Jaucourt ne croient pas à une langue unique pour tout le monde. Au XXème siècle, on met au point des langages informatiques, à la syntaxe sommaire, et s'appuyant sur des langues existantes (if...then...), mais du moins compréhensibles partout. On invente aussi des langues internationales auxiliaires : Volapük et Espéranto. le problème du Volapük est que sitôt diffusé, il perd en audience et crée sa propre concurrence. Celui de l'esperanto est qu'il ne tient aucun compte d'autres langues qu'européennes, ce qui réduit fortement ses prétentions "universelles" ou de "perfection". La différence étant qu'une langue parlée par tout le monde n'est pas forcément parfaite et inversement. Pour finir, la vie est dure pour les inventeurs de langues universelles. Les langues qui s'exportent prennent une autre nature et deviennent différente de la langue d'importation (portugais du Brésil), les langues véhiculaires (anglais) sont contingentes à une situation économique et restent utilisées pour des besoins réduits (commerce). Il faudrait imposer par une institution politique une langue internationale. Cela serait pratiquement possible, surtout avec les moyens de communication moderne. Mais la tendance semble être à la reconnaissance des régionalismes et au droit de parler la langue que l'on souhaite, ce qui ne va pas du tout dans le même sens. Au final, il faut sans doute se faire une raison : on ne réduira pas le polylinguisme. Il vaut donc mieux s'en réjouir et s'en émerveiller ; quelle serait la capacité d'invention d'une langue, si elle était la seule au monde, si elle n'était pas en interaction avec d'autres langues ?

kedrik

Le 07/09/2011

Et là, vous vous demandez ce qu'un bouquin pareil vient foutre sur un blog d'amateurs de fantasy. Car vous ne venez pas là pour prendre un cours de sémiologie mais pour avoir votre tranche d'évasion médiévale-fantastique. Et si je vous disais que j'ai commandé ce livre à cause de la fantasy, justement ? Je m'explique. Je cogite beaucoup en ce moment sur les systèmes de magie des univers imaginaires. Ceux où les sortilèges sont en latin. Ceux où le sorcier incante en noir parler. Ceux où il faut connaître le Vrai Nom des choses pour les commander. La magie a un lien direct avec le langage. La magicien, c'est celui qui sait donner des ordres à l'univers en utilisant la haute langue. C'est généralement un idiome ancien, oublié des gens du commun. Sans doute un don des dieux que les hommes ont oublié par bêtise ou par malédiction. En fait, le magicien n'est pas tant un type qui s'y connait en boule de feu qu'un linguiste spécialisé dans une langue morte. La magie, ce n'est pas secouer une baguette mais connaître les déclinaisons, les verbes irréguliers et la grammaire du monde. L'Histoire européenne est bourrée de types qui ont essayé de comprendre pourquoi l'humanité parle des langues différentes. Le mythe de la tour de Babel est n'est que la partie émergée de l'iceberg chrétien. Quand dieu a dit "Que la lumière soit", dans quelle langue était-ce ? Quelle langue utilisait Adam pour draguer Ève ? Qu'ils soient persuadés que l'hébreu soit la mère de tous les langages ou qu'ils pensent que la permutation des consonnes de la Torah soit le plus sûr moyen de tutoyer dieu, ils veulent tous être des magiciens. Mais les plus intéressants, à mes yeux, sont les penseurs qui se sont donnés pour but dans la vie de créer des langues parfaites. Ce sont des hommes qui ont travaillé fort pour essayer de faire tenir le monde physique et le monde des idées dans un système linguistique créé de toutes pièces par eux. C'est passionnant. Ces bonhommes sont pour moi plus proches des sorciers qu'Albert le Grand. Évidemment, c'est un ouvrage plutôt pointu. Je mentirai si je disais que j'ai compris toute la subtilité de l'approche kabbalistique du langage ou les détails très techniques dont Umberto Eco usent pour faire ses démonstrations. En gros, la moitié du livre m'était inaccessible soit parce que les citations en latin n'était pas traduites soit à cause des propos trop théoriques pour mon petit cerveau. Reste toutefois une grande masse d'informations sur l'histoire des idées. Ça reste étonnant de voir ces intellectuels de haut vol pondre des systèmes qu'ils pensaient parfaits et aptes à élever l'humanité vers quelque chose de plus beau. Des idéalistes. Des doux dingues. Des nationalistes. Des utopistes. Il y a dans cette quête du langage parfait une résonance des archétypes de la magie fantasy, tout simplement parce que notre fantasy se nourrie souvent des mythes des religions du Livre. Les grimoires, les litanies apprises par coeur, l'importance des incantations... tout cela participe symboliquement à faire survivre la croyance d'une langue plus puissante que les autres et capable de déplacer les montagnes. Et quelque part, la sémiologie est une sorte d'étude de la magie du Verbe dont découle tout notre imaginaire de sword sorcery.