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Refus de témoigner

de Ruth Klüger , date de sortie le 18 mai 2010
Survivante de l'holocauste, juive d'origine autrichienne résidant aux Etats-Unis, R. Klüger livre ses souvenirs de jeunesse sur l'extermination des juifs et les camps de concentration.
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La fiche détaillée

Résumé

Survivante de l'holocauste, juive d'origine autrichienne résidant aux Etats-Unis, R. Klüger livre ses souvenirs de jeunesse sur l'extermination des juifs et les camps de concentration.

Caractéristiques

Titre Refus de témoigner
Auteur Ruth Klüger
Editeur Viviane Hamy
Date de parution 18 mai 2010
Nombre de pages 320 pages
Dimensions 21,00 cm x 13,00 cm
Poids 374 g
Support Broché
ISBN / EAN 2-87858-094-X - 9782878580945

4,5/5

djathi

Le 09/03/2017

"Refus de témoigner " ou "Re-vivre" , selon le titre de parution en allemand : Peu importe finalement , le résultat est là : une oeuvre essentielle dans le non-devoir de mémoire et le non-devoir d'oubli . Ruth Kluger va bien plus loin ,loin de toutes formes de "devoir" pour cette femme résolument affranchie , sa démarche personnelle consiste à s'écarter de ses deux chemins de reconstruction pour faire revivre la petite fille qui vécut toutes ces années dans différents camps de concentration , au regard de ce qu'elle est devenue 40 ans plus tard , dans une tonalité tonique et constructive . Alors oui elle raconte , sa vie de petite fille juive en Autriche , Et Ruth n'a jamais été tendre , ni enfant , ni aujourd'hui : elle ne s'apesantit pas sur des faits et l'atrocité dont elle fut témoin , victime , elle ne s'attendrit pas sur les souvenirs de son père disparu le premier dans sa famille : Citation : C'est la dernière impression que mon père m'ait laissée : la frayeur , la violence et un sentiment d'injustice et d'humiliation .Les sentiments ainsi nourris sont impossibles à corriger .Est-ce que peut-être je lui en veus de sa mort parce que l'enfant battue n'eut plus l'occasion e se réconcilier avec lui ? Comme si sa vie inachevée n'avait eu d'autres sens que d'écouter mes pleurnicheries d'enfant de huit ans , ou de recevoir mes excuses et mes explications ultérieures . Sous une plume délicieusement caustique , elle raconte sa vie de famille avec une mère qu'elle qualifie de névrosée , sans rancoeur ni animosité particulière , qu'elle aimait et qu'elle aime sans aucune forme de procès rétroactif mais sans pour autant passer sous silence les failles de celle-ci ! Elle raconte la montée du nazisme et les premiers changements qu'elle vécut à ce moment-là avec déjà la conscience de la gravité du moment sans toutefois rentrer dans le pathos et l'affect , mais avec un regard violemment dérangeant .Le choix de ses souvenirs portent en eux une forme d'insolence dont l'impact sur le lecteur est inattendu : comment ne pas prolonger plus loin la réflexion après une narration faussement anecdotique telle que ci : Citation : Le directeur vint en personne dans la classe pour nous expliquer le salut hitlérien .Il montra comment faire et la classe l'imita , sauf les enfants juifs qui dorénavant devraient se mettre au fond et ne pas saluer comme ça .Le directeur était gentil , l'institutrice embarrassée, si bien qu'avec un optimisme indefectible je me demandai s'il fallait prendre ce traitement d'exception comme une distinction honorifique ou une dégradation .Car enfin les grandes personnes savaient bien que notre pays avaient été envahi.Tout le monde ne pouvait pas être nazi . En travaux manuels , les petites camarades apprirent à coler des croix gammées sur des papiers de couleurs et , les quatree à six filles juives que nous étions pouvaient coller ce qu'elles voulaient , ce qui étaient bien sympathique , sauf qu'en même temps ça ne l'était pas du tout .De temps à autres les filles aryennes venaient nous faire admirer ce qu'elles avaient fabriqué de joli. On comparait et critiquait . Et cette petite fille au regard implacable traversera toutes les épreuves des camps , de la perte , de la douleur avec une force intérieure exceptionnelle liée à un sentiment de liberté innée : nulle trace de fuite dans la culpabilité , la croyance , et quelques autres formes d'attachement ....même sa façon d'aimer ses proches dès l'enfance se traduit par une volonté de prendre son destin en mains . Alors pour cet être résolument libre , c'est sa vérité qu'elle expose dans ce roman autobiographique , celle qui n'est pas toujours du politiquement correctement , celle qui refuse les étiquettes , celle qui dénonce aussi sa culture qui réduit la femme à un être inférieur , celle qui se moque de" nos hommes ces héros " car c'est bien connu "les femmes et les enfants d'abord" dans le sauvetage et honneur et gloire aux valeureux guerriers , celle qui s'insurge contre cette nouvelle forme de tourisme dans ce qui reste des camps par devoir de mémoire qui n'aboutit finalement qu'à nourrir certaines formes de fantasmes et salit ce qui s'est passé , celle qui refuse la victimisation autant que la banalisation , celle qui hurle de ses entrailles de petite fille le besoin de réveiller les consciences endormies ...... Par son refus de témoigner , Ruth Kruger apporte un regard vu sous un angle très personnel , porté par une plume tonique , cinglante , jubilatoire et explosive : Garez-vous lecteurs si vous recherchez le confort . Avec Ruth Kruger il faut accepter la règle du jeu qu'elle impose : que le lecteur soit impliqué , et c'est uniquement à cette condition que l'oeuvre prend tout son sens . Chaque page de mon livre est souligné : aucun répit possible mais l'aventure est tout aussi poignante que jouissive : c'est un sacré numéro cette Ruth, insolente qui s'assume comme telle , un être libre qui ne se réfugie pas dans la culpabilité , la victimisation , la croyance ou l'amour .....sale gosse jusqu'au bout , rebelle et explosive , intransigeante et déterminée : chapeau bas ! Un de mes grands coups de coeur de lectrice ! Mais une seule lecture ne suffit pas d'ailleurs pour s'approprier le texte dans toute sa profondeur et tous les thèmes abordés et je l'inscris derechef dans mes projets de relecture .

lagrandeval

Le 30/08/2015

Ce roman autobiographique traite de l’enfance de l’auteur née à Vienne et qui, en 1942, sera déportée avec sa mère dans 3 camps différents. Elle décrit ses années de sa vie sans pathos mais apporte une réflexion sur les agissements de chacun : ceux des déportés, les siens, ceux des criminels et ceux qui sont nés après. Et par ce biais, elle interroge le lecteur sur ces propres agissements ou ce qu’ils auraient été si nous avions vécus à cette époque. Martin Waslernbe s’y est pas trompé en commentant ainsi – sur la Radio Bavaroise- sa parution en 1992 : « La précision du style, qui met en doute le témoignage de mémoire, ne nous permet pas de nous dédouaner par la compassion. Je ne crois pas qu’on puisse lire ce livre sans se sentir provoqué… Chaque lecteur devra y répondre avec sa propre histoire. » Elle avoue ne pas comprendre le culte de la mémoire de ses lieux d’extermination et c’est ce qui explique son long mutisme avant d’écrire ce livre qui a obtenu le prix Grimmelshausen. Personnellement j’ai adorée et conseille vivement sa lecture.