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La mal-mesure de l'homme

de Stephen Jay Gould , date de sortie le 19 septembre 1997
Selon le déterminisme biologique, le comportement des groupes humains et les différences entre eux (race, classe, sexe) sont innés et héréditaires. La société serait donc le reflet exact de la biologie.... Lire la suite

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La fiche détaillée

Résumé

Selon le déterminisme biologique, le comportement des groupes humains et les différences entre eux (race, classe, sexe) sont innés et héréditaires. La société serait donc le reflet exact de la biologie. Les opprimés seraient inférieurs et mériteraient leur statut. L'accent est mis sur les faiblesses scientifiques de ces arguments et sur le contexte politique dans lequel ils ont été élaborés.

Caractéristiques

Titre La mal-mesure de l'homme
Editeur O. Jacob
Date de parution 19 septembre 1997
Nombre de pages 468 pages
Dimensions 24,00 cm x 16,00 cm
Poids 725 g
Support Broché
ISBN / EAN 2-7381-0508-4 - 9782738105080

4,3/5

Luniver

Le 10/10/2013

J'ai eu la chance d'avoir pendant mon cursus un petit cours, « Biologie et société », qui reprenait quelques unes des idées exposées dans ce livre (racisme scientifique, biais culturels, …) et qui m'a beaucoup marqué malgré le faible nombre d'heures qui lui était attribué. L'aveuglement inconscient et les trésors de mauvaise foi déployés devant des chiffres têtus a de quoi impressionner. Car la plupart de ces chercheurs ont souvent procédé à des collectes de données honnêtes avant de les tordre dans tous les sens. Les statistiques, domaine universellement détesté par les étudiants, sont effectivement le seul outil permettant de faire une distinction entre ses intimes convictions et la réalité, mais sa maîtrise est compliquée : s'il y a bien un domaine où toutes les intuitions se révèlent systématiquement fausses, c'est bien celui des statistiques ! L'essai se divise en trois parties : la première concerne la justification du racisme par la science. La théorie n'est plus très à la mode aujourd'hui, mais son histoire donne un petit aperçu de toutes les manipulations qu'il est possible de faire pour sauver sa thèse : mise à l'écart de données gênantes, regroupements en catégories arbitraires pour cacher ou faire apparaître certains traits, … Il serait toutefois naïf de penser que ces biais n'existent plus aujourd'hui dans la science. La deuxième partie concerne le déterminisme biologique, utilisé dans la justice. Sujet toujours d'actualité, puisque la détection de la délinquance en maternelle a été proposée en France il y a quelques années... La dernière partie parle du quotient intellectuel, et les 200 pages qui lui sont consacré font vraiment du bien ! J'ai toujours eu du mal à exprimer mes doutes sur ce sujet, surtout en face d'un interlocuteur généralement peu disposé à remettre en cause un test qui lui assure une intelligence supérieure à 95 % de la population, mais cette lecture est éclairante. Même si le but initial de ces tests était positif (détecter les enfants en difficulté pour leur offrir un enseignement adapté), ils ont été récupérés comme échelle unique et indiscutable de l'intelligence. Certaines anecdotes sont hallucinantes, comme ce chercheur américain qui constate avec effarement que certains pays sont composés à 80 % de débiles, sans songer une seule seconde à se remettre en cause. Lecture éclairante et passionnante, qui démonte pas mal de mythes. On devrait proposer au moins quelques extraits du livre à toute personne destinée à manipuler des statistiques un jour ou l'autre.

Nastasia-B

Le 17/03/2013

Supplique, essai, pamphlet, comme vous voudrez, pour dénoncer tous ceux, de tout temps, de tout poil et de partout, qui essaient de justifier des discriminations entre les êtres humains sur la base de caractères morphologiques. Stephen Jay Gould dénonce surtout la craniométrie, sorte de pseudo-science mise en lumière par l'anatomiste français Paul Broca au XIXème siècle (voilà un triste privilège pour nous autres Français) mais pas seulement. Ce qu'il souligne, c'est que certains lobbies essaient de s'appuyer sur une prétendue science pour obtenir des arguments « irréfutables » qui justifieraient « biologiquement parlant » telle ou telle place inférieure ou infamante dans une hiérarchie sociale comme, par exemple, la taille moyenne du cerveau des femmes inférieure à celle des hommes qui légitimerait qu'elles demeurent éternellement sous la tutelle d'un mari. L'auteur explique, selon moi de manière convaincante, que si l'on s'arrête au fait brut et mesurable, effectivement, il y a une différence mais que la taille du cerveau est étroitement corrélée à la taille corporelle, or les femmes sont en moyenne plus petites que les hommes. Si l'on corrige cette donnée brute « taille du cerveau » par cette autre donnée brute « taille corporelle », on se rend compte que plus aucune explication liée au sexe n'explique les différences résiduelles. De même, ceux qui se sont attachés à disséquer le cerveau des « hommes d'exception » comme Albert Einstein ou quelques autres ont fait chou blanc dans ce domaine. Plus encore, certains, comme Anatole France, pour ne citer que lui, avaient une taille de cerveau curieusement petite et très en-dessous du volume cérébral attendu par les craniologues. Gould passe en revue les grands classiques du genre comme les comparaisons entre hommes de type négroïde et chimpanzés, faisant passer ce groupe ethnique pour le « chaînon manquant » entre les grands singes anthropoïdes et « l'homme moderne » (à savoir dans leur tête, l'homme blanc occidental) justifiant l'état d'asservissement de tout un continent et la « normalité » de l'esclavage à leur égard, de même que le fameux « type juif », ou encore les montreurs de monstruosités (la vénus hottentote), les tests de QI et j'en passe. L'une des conclusions de Gould est que ces mesures, qu'elles concernent les attributs physiques ou l'intelligence, ont toujours comme point commun que le seuil le plus élevé d'excellence est toujours atteint par les inventeurs ou commanditaires de ces mesures. Étonnant, non ? Mais gardons-nous bien de vouloir mesurer le degré d'égocentrisme, de racisme, d'imbécillité ou de tout autre caractère de nature à dévaloriser ces « chercheurs » parfois honnêtes, piliers de l'eugénisme, ferment de tant de dérives discriminatoires (au premier rang desquelles la folie nazie), sous peine de nous abaisser en tant qu'êtres humains doués de tolérance à la diversité humaine et de nous embourber dans les mêmes travers que ceux qu'on voudrait montrer du doigt. On aurait vite fait de retomber sur le fameux débat sur la peine de mort : faut-il tuer les criminels au risque de le devenir nous-même ? Je vous laisse méditer là-dessus, et d'ailleurs, tout ceci n'est que mon avis, celui d'une femme dont le cerveau est notoirement plus petit que celui d'un grand penseur mâle, c'est-à-dire, pas grand-chose.

Z3D

Le 20/10/2012

Ce livre est une mise en garde et devrait être lu par tout bon scientifique qui se respecte (ou toute personne intéressée par la démarche scientifique ou le racisme). Gould démontre à travers l’histoire scientifique à quel point les sciences sont attachées à un contexte socio-politique et ne peut être réellement indépendante. La science est faite par les Hommes et ne peut être détachée d’une certaine subjectivité du manipulateur (qu’elle soit consciente ou non). Ainsi, Gould nous présente les travaux « scientifiques » qui ont, à travers les siècles, promu le racisme en justifiant une classification de l’espèce humaine (ethnie ou genre). Que ce soit, par le calcul de l’air cérébral, de la longueur des membres ou du QI, toutes ont le même point commun : la validation des préjugés des auteurs avant même le début des recherches. Les « tricheries » sont multiples et vont de l’erreur de procédé non remis en question puisque obtenant le résultat attendu, aux modifications des données ou encore par des justifications d’exceptions toutes plus saugrenues les unes que les autres. Cependant, il ne faut pas jeter l’opprobre sur ces chercheurs en déconnectant leur recherche du contexte. La découverte de l’âge de la Terre est très récente et pendant de nombreux siècles, les Européens étaient persuadés que les couleurs de peau dérivées toutes du blanc autrement dit que les autres ethnies étaient une forme dégénérée. Ajouter à cela, l’absence de grandes sociétés découvertes en Afrique, les Européens ont directement classé les Africains comme inférieurs intellectuellement. Il fallait ensuite une validation « scientifique » de ce préjugé. Ce raisonnement est logique mais s’il fait grincer les dents de nos jours. En revanche ce qui est répréhensible, c’est l’aveuglement avec lequel les scientifiques occultés les évidences contre leur opinion. Le problème majeur en ce qui concerne ces théories, c’est qu’elles sont réutilisées cycliquement jusqu'à encore récemment. C’est pourquoi, il est important de lire ce livre pour limiter l’impact des diverses résurgences de ces théories dangereuses et totalement stupides. Ce n’est pas tout, certaines théories sont tenaces et ont encore des impacts de nos jours comme la théorie du QI. Cette dernière fut créée par un chercheur français pour détecter les enfants ayant des difficultés d’apprentissages. Les USA ont amélioré ces tests et les ont utilisés systématiquement pour évaluer l’intelligence des immigrés et sélectionner les ethnies. Il ressortit de cette « étude » un lien entre pauvreté, immigration et mauvais résultats au test de QI. Ces tests étaient réalisés dans des conditions douteuses et mesuraient surtout l’imprégnation de la culture américaine. Pour preuve, les résultats augmentaient avec le nombre d’années passées aux USA. De cette analyse, il émergea un préjugé encore très fort aux USA qui est que la pauvreté est une conséquence de l’inintelligence, qu’aider les gens pauvres est inutile et qu’il mérite leur condition. Tout ceci est remarquablement présenté et expliqué dans ce livre de Stephen J Gould et mérite une lecture attentive. Pour conclure, ce livre a été cité dans la bibliothèque idéale d’Axel Khan dans la tête au carré au mois de septembre, il est simplement dommage que ce livre soit difficilement à obtenir et mériterait d’être réédité.